SCÈNE V
Une chambre d«n« le pilait da don Tcllo.
Eolrenl DON TELLO cl TELIO.
CBLIO.
D'après vos ordres , je suis allé m'in former de ce rustre. D'abord Nuno ne voulait pas parler, mais sur mes menaces il a fini par m'avouer que depuis quelques jours il avait quitté le pays.
TELLO
Cela est étrange.
CBLIO.
Il parait qu'il est allé i Léon.
TELLO
A Léon t
CBLIO.
Oui, accompagné de Pelage.
TBLLO.
El pourquoi faire?
CBUO.
Pour parler au roi.
TELLO
Dans quel but? 11 n'est point le mari d'Elvire, et n'ect ptf ()(->
JOUUiNEE II, SCEiNE V. 198
f-risé. Si Nuno se plaignait, je comprendrais plutôt cela.... mais Sn-nchcl
CELIO
Je ne fais que vous répéter ce que m'ont dit vos bergers. Et comme Sanche a de l'esprit et qu'il est amoureux, je ne suis pas étonné qu il ait tenté l'aventure.
TELLO
II s'est Bguré sans doute qu'il n'avait qu'à aller là-bas, et qu'aussitôt il parlerait au roi !
CELIO
Alphonse ayant été élevé en Castille par le comte don Pèdre de Castro, la porte du palais n'est jamais fermée à un Galicien de quelque condition qu'il soit.
On frappe.
TELLO
On frappe, Celio; va voir. Je n'ai donc point de page» dans la ».ille d'entrée ?
CELIO
Vive Dieu! seigneur, c'est celui-là même dont nous parlons, c'est Sanche.
TELLO
Quelle audace ! quelle insolence!
CELIO
Je vous en supplie au nom du ciel , voyez ce qu'il vous veut.
TELLO
Dis-lui d'entrer ; je l'attends.
Entrent SANCHE et PELAGE.
SANCHE
Je vous baise les pieds , mon seigneur.
TELLO
li y a longtemps qu'on né i'à ru, ôanciic; où donc es-tu ailé?
SANCHE
Ce temps m'a paru un siècle. Voyant que soit amour, soit obstination , vous reteniez Elvire dans votre château , j'ai pris le parti «l'aller m'adresser au roi, comme au juge suprême qui peut rendre justice à l'offensé.
TELLO
Et que lui as-tu dit de moi ?
SANCHE
Que vous m'avez enlevé ma femme.
Ta femme? tu mens, vilain. Le curé ne vous avait pas encore mariés.
SANCIIE.
11 connaissait notre volonté à tous deui , et cela suffit.
TELLO
S'il n*a point uni vos mains , il n'y a point de mariage.
SANCIIE.
Je ne discuterai pas en ce moment s'il y a eu ou non mariage... Voici du roi pour vous une lettre.— Toute l'écriture est de sa main.
TELLO , à part.
Je tremble de rage. ( // Ut. ) « Sitôt la présente reçue, vous rendrez, sans réplique, à ce pauvre laboureur la femme que vous lui •vei enlevée. Souvenei-vous que c'est loin des yeux du roi que l'on reconnaît les bons vassaux, et qu'un roi n'est jamais loin pour châtier les méchants. Rloi, le Roi. » {Parlant). Qu'as-tu porté li. malheureux ?
SANCHE
Je vous ai porté, seigneur, cette lettre que le roi m'a donnée.
TELLO
Vive Dieu! je suis étonné de ma patience. Penses-tu, vilain rustre , que ton audace m'inspire de la crainte ? Sais-tu qui je luis ?
SANCHE
Oui , seigneur, et c'est pour cela, c'est comme preuve de ma confiance en vous, que je vous ai porté cette lettre. Cette lettre, je ne vous l'ai pas remise par bravade; je la considère seulement comme une recommandation du roi pour que vous me rendiez mon épouse.
Oui, je respecte le roi... Autrement, toi et celui qui t'accompagne, je vous
PELAGE
Quoi ! moi aussi ! .. Saint Biaise I Saint Paul I...