I.B ROI
Tu es , si je ne me trompe , ce (îalicieu qui vint dernièrement me demander une Krâce.
SAMCUB.
C'eat moi-mCme.
LE ROI
Rassure-toi.
SANCHB.
C'est bien malgré moi, aire, que je reviens vous importun«^.
JOURiNÉE III, SCÈNE I. i^
mais il lo faut; et si je suis indiscret en venant me plaindre à vous, vous serez roi en pardonnant à celui qui vient vous demander justice.
LE ROI
Dis-moi ta peine, je t'écoute. Tu dois savoir déjà que e pauvre n'a pas besoin de recommandation auprès de moi
SANCHE
Invincible roi , de retour en Galice, j'ai remis votre lettre à don TellodeNeyra, afin qu'il me rendît, comme de juste, ma chère fiancée. Il l'a lue, mais elle n'a servi qu'à l'irriter davantage; et non seulement, sire, il ne m'a point rendu ma fiancée, mais nous avons failli payer cher l'honneur de lui porter vos ordres : il nous a menacés de telle sorte, mon camarade et moi, que si nous ne sommes pas restés morts chez lui c'a été un bonheur et un miracle. Afin de n'avoir pas à vous importuner de nouveau, j'ai tenté d'autres démarches*; inutilement. Notre curé, que nous vénérons tous, ainsi qu'un bénit abbé, un saint homme, qui a sa résidence à Saint-Pélage de Samos , l'ont en vain supplié d'avoir pitié de moi ; rien n'a pu toucher son cœur, tout a été inutile. Il ne m'a pas même permis de la voir, ce qui eût été une consolation pour moi. C'est pourquoi ije suis revenu vers vous , sire , et je vous demande justice comme Je la demanderais à Dieu, dont vous êtes l'image et le représentant r.ur la terre.
LE ROI
Une lettre de ma main!... Est-ce que, par hasard, il l'aurait déchirée ?
SANCHE
Je pourrais, sire, l'en accuser malicieusement pour augmenter >'0tre colère; mais cela n'est pas, et Dieu me préserve de vous exriter par un mensonge! Il a donc lu votre lettre sans la déchirer, mais il n'a pas exécuté l'ordre qu'elle contenait. 11 est vrai que cela levient au môme.
LE ROI
A ta franchise, à ta loyauté, on voit que, malgré ton humble position, tu es de bonne famille et d'un sang noble. Mainlenant il (àut que je porte à la fois remède à tout. — Comte?
Seigneur?
LE ROI
Don Enrique?
BNRIQUB.
Que désire votre majesté?
LE ROI
Je pars pour la Galice. Il faut que j'aille y faire respecter mea rdres. Mais que ce soit un secret.
aOO LE MEILLEUR ALCADE EST LE ROL
LE COMTE
Cependant, sire, considérez
LE ROI
Point de réplique. Faites amener des chevaux a la porte du pare
LE COMTE
Comme Tolre palais est toujours ouvert au peuple, on saura bientôt
LE ROI
II n'y a point là de difficulté. Les domestiques n'auront qu'à dire que je suis malade.
ENRIQUB.
Si j'osais exprimer mon avis
Ma résolution est prise ; toute observation est superflue.
LE COMTE
Veuille! au moins différer de deux jours votre voyage, a6n qae Ton puisse répandre le bruit de voire maladie.
LE KOI.
Bons laboureurs?
SÂNCBB.
Sire ?
LE ROI
Offensé de la conduite de don Teilo, je vais moi-même le chAtier.
SANCHE
Quoi I TOUS , sire?... Ne serait-ce pas abaisser votre couronne?
LE ROI
Allez devant , et disposez la maison de votre beau-père pour me recevoir. Mais ne dites rien ni à lui ni à personne. Sous peine de la vie, silence, songez-y bien.
SANCBB.
Vous serez obéi , sire.
LE ROI , à Pelage.
Toi, l'ami, si l'on te demande qui je suis, tu diras i tout le monde : un gentilhomme cnslillan. Pas un mot de plus, entend*» tu?... Bouche close... les deux doigts sur les lèvres.
PELAGE
Soyez tranquille; je Termerai si bien la bouche, que je ne Teos pas môme bâiller. Je ne demande qu'une chose : c'est que TOtre majesté m'autorise à manger de temps en temps.
Pour cela , je te le permets.
SANCHE
En vérité, sire, c'est trop honorer ma bassesse. Envoyei là-bas, pour faire justice, un de vos alcades.
LF ROI.
le meilleur alcade est le roi.