SCÈNE U
Derant le château de don Telio
Entrent NUNO et CELIO.
NUNO
Je pourrai donc enfin la voir ?
CELIO
Oui ; don Tello mon seigneur l'a permis.
NUNO
Mais non. J'ai tort de le désirer. Pourquoi la verrai-je si elle est déshonorée, si mon malheur est à son comble?
CELIO
Rassurez-vous, elle résiste; elle résiste avec cette admirable constance qui n'appartient qu'aux femmes.
NUNO
Hélas ! puis-je croire qu'une jeune fille au pouvoir d'un homme conserve sa vertu?
CELIO
Cela est si vrai, que si Elvire voulait bien m'accepter pour mari, je l'épouserais sans plus d'inquiétude que si je la prenais dan» votre maison.
NUNO
Quelle est, dis-tu , la fenêtre de sa chambre?
CELIO
C'est cette fenêtre là-bas, de ce côté... C'est là qu'elle m'a dil qu'elle devait se mettre.
NUNO
En effet, autant que ma vue aflaiblie peut me le permettre, j'a> perçois une robe blanche, une femme.
CBLIO.
C'est elle, approchez. Pour moi je me retire. Cédant à vos importunilés, je vous ai ménagé cette entrevue; mais je ne voudrai» pas qu'on me vit avec vous.
Il tort.
ELVIRE paraît à la fenêtre.
NUNO
Eftrce toi? est-ce toi, ma pauvre enfant?
ELVIRE
Quelle autre pourrait-ce être que votre malheureuse fille?
NUNO
Hélas 1 je croyais ne plus te revoir. Cela non pas à cause des murs et des grilles derrière lesquelles tu es enfermée , mais parce que je te croyais déshonorée. Oui, si tu étais déshonorée, ton père nepourrai/ï plus te revoir... Hélas! dis moi, as-tu conservé sans
202 LK .MEILLKUR ALCADE KSP Ui ROI.
tache l'honneur que nous ont transmis nos anrélrcs?... Ah: s il en est ainsi, si lu as succombé, alors ne m'appelle plus ton père; car je ne serais plus le père d'une infâme, et , je ne crains pas de (e le dire , je me considérerais comme obligé moi-même de verser Ion sang impur.
ELVIUE.
!Mon père, si au milieu de mes disgrâces et de mes mortels ennuis, ceux de qui je pourrais attendre des consolations ne me parlent que pour augmenter mes douleurs, que deviendrai-je dans l'horrible situation où je me trouve? Mon père, je suis votre fille, c'est de vous que je tiens la vie, et croyez-le , avec votre sang voui m'avez transmis vos sentiments et votre vertu. Le tyran, il est vrai, a voulu triompher de moi; mais, grâce au ciel, qui m'a donné un courage plus qu'humain , j'ai toujours su me défendre. Vous pouvez être fier, mon père : malgré ma dure prison, malgré le supplice affreux que j'endure, je mourrai plutôt que de me laisser vaincre
NUNO
0 ma fille! mes soupçons, mes craintes disparaissent, et je sent mon cœur paternel qui se dilate et s'agrandit pour te recevoir.
ELVIRB.
Qu'est devenu le pauvre Sanche, mon époux?