TE» LU
Puisqu'elle est dans le fourreau, qu'elle y reste. Vous ne me con*
naisseï pas sans doute. Nul ôtrc vivant n'oserait m'arrêler, à moiiu
que ce ne fût le roi lui-mômc.
LE ROI
Eh bien , misérable ! je suis le roi.
FELiciANA , à part.
0 ciel ! prolégc-nous.
TEiLO, troublé.
Quoi! sire, le roi de Castiile s'abaisser ainsi!... vous, sire, voui, en personne I— Je ne puis que vous demander pardon.
LE ROI
Qu'on lui ôteses armes... Par l'iionneurdema couronne! je voas ferai respecter, insolent, les lettres du roi.
FELICIANA.
Daignez, sire, modérer votre rigueur.
LE ROI
Toute prière est inutile.— Qu'on amène ici sur-le-champ la iemmt de ce pauvre laboureur.
TELI.0.
Sire, elle n'était pas encore sa femme.
Elle devait l'être, il suffit. — Et d'ailleurs ne voyez-vous pat prêt de vous son père, qui a réclamé ma justice?
TELLO
Ayant offensé Dieu et le roi, je mourrai justement. Enirc ELVIRE.
ELYIRE.
Roi Alphonse, qui gouvernez l'Espagne avec tant de gloire, auscitôt que mon oreille a entendu prononcer votre nom, je suis sortie de la prison où l'on me tenait renfermée, et je viens vous demander justice. Je suis fille de Nuîïo d'Aybar, dont la vertu est connue dans tout ce pays. Sanche de Roelas m'aimait, il en parla à mon père, et celui-ci consentit à notre mariage. Sanche, comme serviteur dcdonTcllo, lui demanda son autorisation. Don Tello vint à Il fête; ma vue lui inspira une passion odieuse; il différa mon mariage, vint m'enlcvcr à main armée pondant la nuit, et me fit transporter dans sa maison, où, par promesses et menaces, il essaya, mais en vain, d'ébranler ma chasteté. Enfin, il m'a fait conduire dans une forêt \oisine d'une de ses terres. Là, les arbres, dont l'épais feuillage me protégeait contre les rayons du soleil, ont été témoins de mon malheur; et mes cheveux en désordre, mes vétemt^nts déchirés vous attestent ma résistance. N'ayant pu mourir je vivrai dans 1rs larmes, car il n'y a plus de joie po^sible pour celle qui n'a plus d'honneur. Je me (rompe, il y a encore un bonheur qui m'est resté, c'est de pouvoir demander justice et vengeance de ce» crimes au meilleur , au plus noble, au plus grand des alc«de».
JOUBNî^E III, SCÈNE IV. Îl4
Cette justice, cette vengeance, je la réclame, Alphonse, à vos pieJi, sur lesquels j'ose à peine irnprinner mes lèvres indignes. Ainsi puissent vos descendants délivrer par leurs victoires les provinces qui gémissent encore sous le joug des Maures ! et si ma faible voix est impuissante à louer comme il convient votre justice, oue l'histoire et la renommée en rendent la mémoire immortelle :
LE ROI
Je suis affligé d'être arrivé trop tard. Je voudrais être arrivé a temps pour satisfaire aux justes désirs de Nuno et de Sanche. Mais du moins je puis vous rendre justice et récompenser don Tello selon ses mérites. Qu'on fasse venir le bourreau.
FELlCr^NA.
Sire, que votre clémence royale au puié de mon frère.
LE ROI
Alors même qu'il n'eût point commis ce crime, je ne saurais lui pardonner le mépris qu'il a fait d'une lettre écrite de ma main et portant ma signature.— Aujourd'hui, don Telle, je foulerai ton orgueil à mes pieds.
TELLO
S'il y avait une peine plus grave que la mort qui m'attend, je le reconnais devant vous, sire, je l'aurais méritée.
LE COMTE
Daignez, sire, en faveur du coupable, vous rappeler que je vous ai élevé dans ce pays.
FELICIANA.
Sire, que le comte don Pèdre obtienne au moins de votre pitié la vie de don Tello.
LE ROI
Le comte sait que je l'aime et l'honore comme un père; mais il doit savoir aussi que lorsque la justice m'a tracé mon devoir, il est inutile qu'il s'interpose et me sollicite.
LE COUTE
La pitié est aussi une vertu.
LE ROI
La véritable pitié ne consiste pas dans l'abandon de la justice ; et d'après toutes les lois divines et humaines un pareil homme mérite le châtiment des traîtres. — Don Tello, donne à Elvire le nom d'épouse en réparation de l'outrage que tu lui as fait, et quand le bourreau t'aura tranché la tête, elle pourra épouser Sanche en lui ipportant pour dot la moitié de ton bien. Quant à vous, Féliciana, vous serez dame d'honneur de la reine en attendant que je vous donne un époux digne de votre noblesse.
NUNO
Je trembb.
»ia LK MEILLEl» ALCADE EST LK ROL
PÏLAGB.
C'esl là un roi.
sANciiE, au pubUc.
Ainsi finit la comédie : L« meilleur alcade est le roi... hliloirf qui est donnée pour véritable dans la quatrième partie de la Cbroaifie d'Espagne.
FIN DE LE MEILLEUR ALCADE EST LE BOl.
PAR CHRISTOPHE COLOxMD.