‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français]Chapitre 85 sur 150 · EL NUEVO MUNDO DE3CUBIERT0 POR CHRISTOBAL COLON · texte numérisé non relu

EL NUEVO MUNDO DE3CUBIERT0 POR CHRISTOBAL COLON

NOTICE

La découverte du nouveau monde présentait des difGcultés de toute espèce au poète qui voudrait la mettre en drame. C'était un motif de plus pour que ce sujet tentât l'audacieux génie de Lope.

Nous n'avons point la prétention de tracer ici l'histoire de Colomb et de sa découverte ; ce serait d'ailleurs une tâche à laquelle nous nous sentons disproportionné. Mais nous ne croyons pas inutile de rappeler sommairement les faits.

Christophe Colomb, de qui le plus grand événement des temps moaernes devait immortaliser le nom à jamais, naquit, selon l'opinion la plus commune, à Nervi, dans le territoire de Gênes, vers i44j, d'une famille assez pauvre. De bonne heure il étudia les mathématiques, la géographie, l'astronomie. A l'âge de quatorze ans il entra dans la marine ; et dans toutes les expéditions auxquelles il prit part, il se distingua par une grande intelligence et un rare courage. Ce fut, à ce qu'il paraît, vers i474, à Lisbonne, où il s'était établi, qu'à la suite de longues études et de profondes méditations, il conçut l'idée d'un nouveau monde. Il la soumit au Florentin Paolo Toscanelli, le plus savantcosmographedecetemps, etToscanelli le confirma dans ses conjectures. Dès ce moment Colomb n'a plus qu'une pensée, la découverte du nouveau monde. Il s'y dévoue tout entier. Ni les obstacles ni les railleries ne l'arrêtent : une volonté puissante et le sentiment de sa gloire future soutiennent sa patience. Enfin, après dix-huit ans d'une attente toujours trompée, et après avoir vu ses offres refusées par toutes les cours de l'Europe, il parvient à persuader les rois d'Espagne Ferdinand et Isabelle ; il part comme leur mandataire le 3 août 1492, et le il octobre suivant le nouveau monde était découvert.

Ce sujet, avons-nous dit, présentait au poëte dramatique d'immenses difficultés. Et PU effet, comment mettre de l'unité dans cette vaste composition? Quel peintre ne sera pas ému devant la figure imposante de Colomb ? Et enfin, que de génie, que d'esprit, que d'imagination, ne faudra-t-il pas pour que la beauté des détails, — pensées ou images, — réponde à la grandeur de l'événement? — Voyons comment Lope a réussi.

La pièce me semble supérieurement conçue au point de Yue espagnol et catholique. De ce point de vue, la découverte de l'Amérique, c'est un nouveau monde conquis à la foi. La vision de Colomb, au premier acte, la plantation et l'adoration de la croix au deuxième, et à la fin du troisième, le baptême des Indiens, mettent bien cette idée en relief, et ces divers épisodes forment un ensemble harmonieux.

Le caractère de Colomb est fort bien tracé. La supériorité de son iiitcllî-

Étence, la noblesse de ses sentiments, la vivacité de cette imagination italienne,

sa présence d'esprit, son sang-froid, son courage, son adresse, son humanité,

lout cela est admirablement compris et non moins admljablcmerit rendu Dè«

218 LA DECOUVERTE DÎJ NOUVEAU BTONDE.

^l'il paraît, dès qu'il parle, on reconnaît l'homme supérieur, l'honirae desli:io à de grandes choses.

Toutefois j-; regrette que Lope n'ait pas dès l'abord fait dire à Colomb les motifs scientifiques sur lesquels il se fonde pour annoncer un nouveau monde Ces motifs, je k sais, Colomb les déduit çà et là dans le premier acte ; mai» ce n'est pas assez, selon moi : j'aurais voulu qu'il nous les confiât de» U commencement de l'exposition, par exemple dans la scène avec le roi de Portugal. L'histoire vraie ou fausse du pilote qui lui aurait révélé l'existence f une terre inconnue à l'ouest de l'Océan, il ne fallait pas l'omettre, puisque c'était une tradition populaire ; mais elle ne devait venir qu'après. En procédant ainsi, le poète posait, ce me semble, son héros d'une manière plu» iaute et plus sérieuse.

Les caractères de Ferdinand et d'Isabelle, — Ferdinand, opiniâtre, ctrcoa<spcct et cauteleux, elle, intelligente, pieuse, prudente et résolue, — sont confcrmes à l'histoire. — Barthélémy Colomb, dévoué à son frère et plein de conf ance en son génie, est également vrai. — Dans Pinzon est indiqué, en quelques traits rapides, le hardi navigateur andaloux. — En idéalisant Gonlalve de Cordoue, Lope aura voulu sans doute témoigner sa reconnaissance «u duc de Sessa, arrière-petit-fils du grand capitaine et le plus généreux de tes protecteurs. — On retrouve dans Mahomet les habitudes voluptueuses des iterniers rois de Grenade, et l'on reconnaît le prince à qui sa mère disait, ^uand il lui fallut quitter le pajs sur lequel il avait régné : « Pleure maintenant comme une femme ce royaume que tu n'as pas su défendre comme mn homme. »

Quant à la plèbe des Espagnols qui accompagnèrent Colomb, Terrazas, Arana et les autres, ce sont bien là ces hommes braves et dévots, sensuels et avides, qui cherchaient les plaisirs et de l'or en môme temps qu'ils traYailkient à établir leur religion dans le nouveau monde.

Les mœurs des Indiens, leurs passions, leurs' croyances, leur ignorance, •ont peintes avec beaucoup d'art. Mais surtout ce que j'admire, c'est la ma- ■ière dont Lope a rendu l'impression produite par l'arrivée des Espagnols sur Tesprit des Indiens. Sans savoir précisément quel danger les menace, ils s'étonnent, s'inquiètent ; leurs amours, leurs haines, leurs rivalités, tout est suspendu : ils semblent pressentir qu'un grand événement s'accomplit.

Parmi les beaux détails qui abondent dans cet ouvrage, je n'en citerai ^u'nn seul. Lorsque, au début de la pièce, Colomb parle à son frère du trésorier Quintanilla, un des hommes remarquables de l'époque, et le seul jusque-là qui ait ajoute foi à son projet : « Les grands hommes, dit-il, croient aisément aux grandes choses. » Comme cela est profondément vrai, surtout fans la bouche de Colomb I et comme cette noble pensée devait enchanter Forgueil espagnol l

Quelques critiques chagrins blâmeront peat-^tre certains épisodes qui ont in cararlère plutôt rpiqtie que dramatique. C'était l'inconvénient do sujet Aurait-il mieux valu que Lope se fût abstenu de le traiter?

M. Lemercicr a donné au théâtre, il y a environ trente ans, une pike intitulée Chriêlophe Colomb, mais qui n'a aucun rapport avec celle de Lope. Les deux ouvrages procèdent d'idées tout à fait différentes : l'un respire l'enthousiasrou cl la foi, l'antre est une comédie satirique.

I.a fyirouverle du nouveau monde est citée dans le Catalogne du ^etff'MîC et par conséquent antérieure i i603.

:tf:COU VERTE DU NOUVEAU MONDE

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