‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français]Chapitre 89 sur 150 · SCÈNE n · texte numérisé non relu

SCÈNE n

A Grenade, dans le palais.

Entrent lUAIiOlUET, jeune roi de Grenade, DALIFA, d(ux Musiciens, el Corlége.

MAHOMET

Ici, charmante Dalifa, tu pourras mieux respirer la fraîcheur de l'air.

DALIFA.

C'est un faible soulagement contre le feu d'amour qui me consume-, quoique, par la respiration, l'air qui court en ce bocage doiva arriver jusqu'à mon cœur.

MAHOMET

Je suis trop heureux si c'est pour moi que ton cœur est ainsi enflammé. Oh ! répète-moi ces douces paroles qui ont tant de charme à mon oreille... Quant à moi, l'air est impuissant à rafraîchir moa sein, el mes soupirs sont des soupirs de feu.

DALIFA.

Les soucis de la guerre vous détournent de l'amour, et voua n'êtes plus le même depuis que le roi Ferdinand, avec ses chrétiena, occupe ce pays.

MAHOMET

Ne le crois pas, Dalifa... Et cependant qu'y aurait-il d'étonnant à ce que le dieu Mars fût plus fort que l'Amour, quoiqu'on prétende qu'un jour, à Chypre, Vénus elle-même vainquit ce dieu puissant? — Mais, pour parler sérieusement, bien que le roi chrétien me veuille enlever Grenade, je ne redoute point les efforts de son bras, et je suis sans inquiétude... Toutefois, je l'avoue, si mon oncle révolté ne se fût point emparé de l'Alhambra, et qu'il n'y eût dans cette ville qu'un seul chef, un seul roi, il serait plus facile de la défendre. Les divisions de ce malheureux royaume pourront bien finir par lui être fatales. Je n'ai plus sous mes ordres que l'Albaycin, et un si petit nombre de serviteurs fidèles, qu'il leur sera difficile d'empêcher ma ruine. Cependant jusqu'ici le roi Ferdinand n'a pa* pu réussir à vaincre mes cavaliers, qui vont tous les jours courant la Yega^ et lui causant de grands dommages.

DALIFA.

Qu'Allah veille sur votre jeunesse et augmente votre puissancel

* Le mol espagnol vega veut dire plaine. Ici il sert à désigner s)>eciaicuiciii ta pUia* Je Grenade. Voyez Le dernier Abeneerraat. de M. de Cbaleaabriauil.

224 LA. DÉCOUVEKTE DU NOUVEAU MONDK.

— Le roi Ferdinand se fatiguera sans nul doute de ce long «^iOgc inutile, et comme voila l'hiver qui ap|)r((che, il se retirera dans son royaume. —Asseyons-nous ici sur le tapis colord de ces fleurs. MAHOMET, aux Musiciens.

Pendant que les tambours et les clairons font silence, vous pouvez bien tous deux chanter. [Â J)alifa.) C'est ainsi qu'Alexandre se préparait aux combats.

DALIFA.

Je n'entends aucun bruit de guerre : je n'outcnds que le rent qui se joue dans ce feuillage, et le murmure de la fontaine.

Les Musiciens cbautcnt, et sont presque aussitôt inlcrrompus par uu bruit de l&mboun. Entre L'ALCAYDE ZÉLIN.

Page 1