‹ Théâtre de M. C. DelavigneChapitre 114 sur 327 · ACTE III, SCÈNE IV. u · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV. u

Je m'y retrouvai seul , et seul avec la nuit.

Que son astre à regret sembla mesurer l'heure !

Combien ma solitude agrandit ma demeure !

Mes yeux , de pleurs noyés , s'attachaient sans espoir

Sur cette place vide , où tu devais ^asseoir.

J'accusai de ta mort le tigre , le reptile,

Nos rochers , dont les flancs te devaient un asile ;

Ces arbres du vallon , mes hôtes , mes amis ,

Muets témoins du crime et qui l'avaient permis ,

Tout , l'univers entier, les humains et moi-même ,

Avant de t'accuser, ô toi , mon bien suprême ,

Toi l'unique soutien d'un père vieillissant ,

Toi que j'avais nourri , toi mon fils , toi mon sang !

Confondant jusqu'aux dieuxdans ma haine implacable,

le n'excusai que toi, toi seul étais coupable 1

IDAMORE

0 crime ! à quels tourmens je vous ai condamné ?

ZARÈS

Ce n'était rien encor, mais je te soupçonnai ; Sur mes lèvres soudain mes plaintes expirèrent , Un frisson me saisit, mes larmes s'arrêtèrent; Je crus mourir. Alors la triste vérité Jusqu'au fond de mon âme entra de tout côté. Dans toute sa grandeur j'embrassai ma misère : Injustement flétri dans les flancs de ma mère ,

En horreur aux humains que j'aimais malgré moi ,

Cet amour dédaigné je le versai sur toi...

Et tu m'abandonnais ! Dans un transport de rage,

Quoi ! m'écriai-je enfin , voilà donc ton ouvrage ;

Brama, tu l'as voulu. Non, tu n'existes pas;

Je ne crois plus aux dieux, je crois aux fils ingrats ;

Je crois à mon malheur! Mais hélas! quel supplice

De nier dans son cœur l'éternelle justice ,

De vieillir sans espoir de revoir ses aïeux,

Seul au monde, étranger entre l'homme et les cieux,

Trop plein d'un sentiment que nul ne veut vous rendre,

Et qui même en un dieu n'a plus où se répandre.

•Tel fut mon sort. Trois ans j'en supportai l'horreur.

J'avais de ton retour nourri la folle erreur.

Tu ne revenais pas ; las d'espérances vaines ,

Je tentai du désert les routes incertaines ,

J'offris ma tête nue à l'ardeur des étés ;

Je poursuivis la mort jusqu'au sein des cités.

Plaint, sans être connu, j'y dus à la nuit sombre

Quelques habits grossiers que j'implorais dans l'ombre.

Caché sous ces lambeaux, j'errais sur les chemins.

Pour la première fois j'abordai les humains;

Ton nom, qu'ils publiaient, me découvrit tes traces;

Je me hâte, j'accours, je te vois, tu m'embrasses,

Et c'est lorsqu'aux autels tu vas par tes sermens

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