ACTE IV, SCÈNE II. a
NÉ AL A
Ne tous abusez plus :
Vos discours ont fixé mes vœux irrésolus, Mais n'ont pu dans mon sein étouffer la croyance Qu'une longue habitude y nourrit dès l'enfance. Mon cœur, se détournant d'une fausse clarté, Connaît , respecte encore et fuit la vérité : Au penchant qui l'entraîne, esclave, il s'abandonne; Il n'est pas convaincu, mais 3 aime, il se donne. Un Dieu qui vous repousse en vain me tend les bras. Comment serais- je heureuse où vous ne serez pas?
IDAMORE
Et sur toi, dès ce jour, si mon exil appelle
Ces malheurs éloignés que l'avenir recèle,
S'il faut dès ce soir même... Hélas ! le pourras-tu ?
Ne sentiras-tu pas expirer ta vertu
Au seul penser de fuir, et pour ta vie entière,
Les objets et les lieux qui te la rendaient chère ?
NÉALA.
Quoi! déjà! Quoi! ce soir nous exiler tous deux! D'une race en horreur les vétemens hideux Succéderont demain à ces habits de fête ; le n'aurai plus d'asile où reposer ma tête! Ah ! cruel !
a 56 LE PARIA.
IDAMORE
Il est vrai, désespéré, confus, J'ai honte de ma rage et j'implore un refus. O généreux objet de mon idolâtrie, Tu m'as sacrifié ta céleste patrie :
Je veux te ravir l'autre! Ah! tu m'as trop aimé. Repousse un furieux à ta perte animé.
Puisses-tu le haïr autant qu'il se déteste ! Il en est temps encor : romps cet hymen funeste...
NÉALA.
Quand voulez-vous partir? Commandez, je vous suis.
IDAMORE
Je dois te refuser, hélas ! et ne le puis. Contre ton dévoûment ma gloire en vain s'indigne, Je sens , quand j'y souscris , que je n'en suis pas digne. O mon père!
NJ&ALA.
Et le mien !
IDAMORE
Les ministres sacrés Du temple en ce moment descendent les degrés. Séparons-nous... Alvar, que la cérémonie Prépare à ma tendresse une lente agonie ! Ah! veille à mes côtés...