ACTE III, SCÈNE II. a
DANVILLE
Pour moi, je me crois juste et juste au dernier point.
HORTENSE
Moi, je crois entrevoir que vous ne l'êtes point.
DANVILLE
C'est qu'à vingt ans, Hortense, on juge à la légère.
HORTENSE
C'est que plus tard, Banville , on est par trop sévère.
DANVILLE
Vous pourriez vous tromper.
HORTENSE
Je puis avoir raison.
DANVILLE
Je n'en crois rien.
HORTENSE
C'est sûr.
DANVILLE
Non pas.
HORTENSE
Mais si.
DAN VILLE
Mais non.
Je soutiens...
a54 L'ÉCOLE DES VIEILLARDS.
DÀWVILLE.
Arrêtez ! eh quoi ! notre querelle Pour Bonnard et le Duc déjà se renouvelle!
HORTENSE
Oui, parlons sans humeur : faut-il, pour aimer l'un, Quand l'autre vous sert bien , le trouver importun ?
BANVILLE
Oh! c'est tout différent; l'un a mon âge, et l'autre...
HORTENSE
Eh bien ! achevez donc.
DANVILLE
Eh bien ! il a le vôtre.
Pardonnez : mon amour est étrange, et je sens Que le temps , la raison sont des freins impuissans , Que le cœur d'un vieillard, en proie à cette ivresse, Cède à tous les transports d'une aveugle tendresse. Quand on aime avec crainte , on aime avec excès. Jeune , on sent qu'on doit plaire , on est sûr du succès ; Mais vieux, mais amoureux au déclin de sa vie, Possesseur d'un trésor que chacun nous envie , On en devient avare , on le garde des yeux. Comment voir cet essaim de rivaux odieux, Parés de leur bel âge et des charmes funestes Dont chaque jour qui fuit nous vole quelques restes. Sans se glacer le cœur par la comparaison ,