‹ Théâtre de M. C. DelavigneChapitre 72 sur 327 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Si mes yeux ont bien lu dans leurs sombres couleurs , Je dois me préparer à d'étranges malheurs. Sans t'avoir consulté , ma tendresse importune Par un danger nouveau t'enchaîne à ma fortune; Pardonne : en ces climats , quel autre qu'un chrétien Eût protégé le cours d'un semblable entretien ? Mais ta raison, Àlvar, instruite aux bords du Tage Des dogmes de Brama repousse l'esclavage, Et conçoit qu'une vierge, infidèle à ses dieux, Leur préfère un guerrier qui triompha pour eux.

ALVAR

Ne vous assurez point dans vos pieux trophées ; Les clameurs des soldats, par la crainte étouffées, Sont un faible rempart au chef audacieux Qui brave le courroux d'un ministre des deux. De ce danger moi-même utile et triste exemple, J'avais vengé mon roi , mon pays et mon temple ; Malheureux! j'éveillai par un seul jour d'erreur D'un tribunal sacré l'ombrageuse fureur.

Du ciel pour me punir descendit l'ana thème. Il sécha sur mon front l'eau pure du baptême; Convive rejeté de la table de Dieu, Je vis devant mes pas se fermer le saint lieu. J'errais loin de l'asile où le crime s'expie ; Le pain de la pitié fuyait ma bouche impie ;

i68 LE PARIA.

Que devenir? Alors, aux récits de Gama, La soif de conquérir sur nos bords s'alluma. Nos guerriers en espoir dépouillaient votre monde Des tributs éclatons qu'il recueille à Golconde, . Voguaient vers ces climats où l'Océan pour eux Sur l'ambre et le corail roulait ses flots heureux. Alméida, leur chef, me vit d'un œil de frère; Au fond de ses vaisseaux il cacha ma misère : Adieu, dis-je, vallons que je ne verrai plus... Mais la flotte emporta mes regrets superflus, Toucha le cap terrible, et, nommant sa conquête, Fit asseoir l'espérance où mugit la tempête. J'apportais l'esclavage et je reçus des fers. Vos soins ont adouci les maux que j'ai soufferts : Ah ! prenez en échange une vie agitée , Que loin du sol natal l'orage a transplantée; Disposez d'un captif libre par vos bienfaits , Mais du beau ciel d'Europe exilé pour jamais !

Des bouts de l'univers quel destin nous rassemble, Pour nous aimer, nous plaindre , et pour souffrir ensemble !

L'erreur t'a repoussé du milieu des chrétiens

L'homme est partout le même , et tes maux sont les miens. Il est sur ce rivage une race flétrie, Une race étrangère au sein de sa patrie ;

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