ACTE I, SCÈNE I. itig
Sans abri protecteur, sans temple hospitalier,
Abominable, impie, horrible au peuple entier,
Les Parias ; le jour à regret les éclaire,
La terre sur son sein les porte avec colère ,
Et Dieu les retrancha du nombre des humains
Quand l'univers créé s'échappa de ses mains.
L'Indien, sous les feux d'un soleil sans nuage,
Fuit la source limpide où se peint leur image ,
Les doux fruits que leur main de l'arbre a détachés,
Ou que d'un souffle impur leur haleine a touchés.
D'un seul de leurs regards a-t-il reçu l'atteinte ,
Il se plonge neuf fois dans les flots d'une eau sainte :
Il dispose à son gré de leur sang odieux ;
Trop au-dessous des lois, leurs jours sont à ses yeux
Comme ceux du reptile ou des monstres immondes
Que le limon du Gange enfante sous ses ondes.
Profanant la beauté, si jamais leur amour
Arrache à sa faiblesse un coupable retour,
Ànathème sur elle , infamie et misère !
Morte pour sa tribu, maudite par son père,
Promise après la vie au céleste courroux ,
Un exil éternel la livre à son époux.
Eh bien !... Mais je frémis! tu vas me fuir peut-être;
Ami d'un malheureux, tu vas cesser de l'être :
Je foule un sol fatal à mes pas interdit;
i7o LE PARIA.
Je suis un fugitif, un profane, un maudit; Je suis un Paria....
ALVAR
Vous!
IDAMORE
Encor si ma race Eût par de grands forfaits mérité sa disgrâce, Ce fardeau de malheur, qu'en naissant j'ai porté, N'eût pas de ma raison confondu l'équité. Je ne t'accuse pas, auteur de la nature ; Mais je les convaincrai d'orgueil et d'imposture, Ces élus de Brama, dont l'infaillible voix Explique sa parole et révèle ses lois.
Leur tribu, disent-ils, de son front élancée Sur le peuple à genoux régna par la pensée; La tribu des guerriers, ouvrage de ses bras, Eut la force en partage et courut aux combats ; Nous, il nous enfanta dans un jour de vengeance: La poudre de ses pieds nous donna la naissance. Je le croyais , ami , quand mon cœur se lassa De l'éternel printemps des forêts d'Orixa. Leurs gazons, leurs rochers importunaient ma vue; Mes yeux du haut des monts dévoraient l'étendue , Quand mon père attachait mes esprits enchantés Aux tableaux fabuleux qu'il traçait des cités :