‹ Théâtre de M. C. DelavigneChapitre 74 sur 327 · ACTE 1, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE I

J'en découvrais de loin les pompeux édifices, J'en devinais les arts, j'en rêvais les délices, Je brûlais, consumé du désir curieux

D'admirer ces mortels, ces rois, ces demi-dieux,

Ces êtres inconnus O Zarès, ô mon père,

Que ton réveil fut triste et ta douleur amère , Quand ton œil, sur ma couche errant avec effroi % Lui demanda ton fils qui fuyait loin de toi !

ALVAR

Quoi ! vous l'avez quitté ?

IDAMORE

Voilà, voilà mon crime; Voilà de mes malheurs la source légitime. Zarès au doux sommeil s'abandonnait encor : Je pars ; fuyant sans guide au champs de Balassor, Des pieds du voyageur j'interrogeais la trace. Farouche, étincelant de vigueur et d'audace, Les tigres des déserts, par mes bras terrassés, Me couvraient tout entier de leurs poils hérissés. Ainsi de ma tribu les vêtemens serviles N'écartaient point mes pas de l'enceinte des villes. J*y courais ; des clairons les belliqueux accens Pour la première fois font tressaillir mes sens : J'écoute... il me sembla qu'ils parlaient un langage1 Connu de inon oreille et doux à nion courage.

La plaine se couvrit d'armes et d'étendards :

Je les vis ces mortels qu'appelaient mes regards;

Je cherchai sur leur front quelque marque divine

Où fût empreint l'éclat de leur noble origine ;

Vain espoir! Qu'ai-je vu? des traits efféminés,

Vieillis par les plaisirs, par les pleurs sillonnés.

Sous un faste imposant des corps dont la mollesse

Faisait mentir le fer qui chargeait leur faiblesse.

Je jurai d'asservir ces fantômes guerriers;

Je l'ai fait. Dans leurs rangs, armé pour leurs foyers ,

J'ai prodigué ces jours dont leur foule est avare;

J'ai rougi de mon sang les flèches du Tartare ;

J'ai livré cent combats, Alvare, et le dernier,

En me créant leur chef, te fit mon prisonnier.

J'entrai dans Bénarès par mes mains délivrée;

Je voulais contempler cette ville sacrée,

L'admirer et la fuir. Insensé, j'espérais

La fuir pour mon vieux père et mes tristes forets.

D'un peuple adulateur l'ardente idolâtrie,

Ces mots, nouveaux pour moi, de gloire et de patrie,

Ces prodiges des arts, ce bruit des instrumens,

L'encens et l'aloès autour de moi fumans ,

D'un essaim de beautés la danse enchanteresse ,

Tout pénétra mes sens de langueur et d'ivresse,

Mais Néala parut, et dans ce cœur dompté

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