‹ Théâtre de M. C. DelavigneChapitre 8 sur 327 · ACTE I, SCÈNE IL a · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IL a

Des sujets moins heureux sous des rois plus puissans.

Prévenu pour Montfort , vous me croyez à peine.

Votre cœur amolli se refuse à la haine :

Vous flattez nos tyrans; aux premiers feux du jour, I

Un jeune ambitieux vous voit grossir sa cour.

Au sein des voluptés qui charment votre vie ,

Jamais vous n'avez dit : Palerme est asservie ;

Jamais ses cris plaintifs n'ont passé jusqu'à vous ;

Au récit de ses maux vous restez sans courroux;]

Est-ce là cette humeur inflexible et sauvage

Qui fuyait de la cour le brillant esclavage;

Cet orgueil indocile au joug le plus léger,

Cet honneur ombrageux, si prompt à se venger? #

Ou la faveur des grands a changé vos maximes ,

Ou de nos ennemis vous oubliez les crimes.

Oubliez- vous aussi ce prince infortuné,

Conradin , sans défense à Péchafaud traîné ?

Ne vous souvient-il plus du serment qui vous lie

A sa sœur orpheline, à la jeune Amélie,

Au pur sang de nos rois ?

LORÉDAN

J'en atteste les cieux!

Le jour de ses clartés aura privé mes yeux, La tombe s'ouvrira pour ma cendre glacée,

Avant qu'un tel serment sorte de ma pensée ! f Jamais de plus de feux un amant dévoré

N'attendit un hymen plus saintement juré.

Cependant la princesse , aux pleurs abandonnée , ^S'obstine à reculer cette heureuse journée.

Un pressentiment vague irrite mes ennuis.

Ces jeunes chevaliers par trop d'orgueil séduits ,

Qui , d'une égale ardeur poursuivant ses suffrages ,

Apportent à ses pieds tant d'importuns hommages....

Leur présence me pèse... Apprenez qu un d'entre eux,

Le plus vaillant de tous, et le plus généreux...

Ah ! cet aveu fatal, que je ne puis vous taire, •Jette encor dans mes sens un trouble involontaire!...

Enfin?

LORÉDAN

Dans l'abandon de sa vive amitié , Hier à son rival Montfort s'est confié. S'il n'avait respecté les pleurs de la princesse , ^ Il aurait dès long-temps déclaré sa tendresse : « Je sais qu'elle a pour vous le respect d'une sœur; « Ouvrez-moi m'a-t-il dit, un accès dans son cœur. « Puisque la guerre enfin va m'en traîner loin d'elle , « Il est temps qu'à ses yeux ma flamme se décèle. « Je veut, je dois parler : » Interdit, confondu,

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