SCENE III. 9J
Je n'ose m'en réjouir; mais si tout Je monde le savoit, j'en pleurerois de joie.
Je te demande un dernier service.
Lélio doit être arrivé; je suis sûre que son impatience va lui faire tout hasarder pour me voir : va le trouver , va lui dire que je le supplie , que je 1 ui ordonne de ne pas sortir de cliez lui avant qu'il ait reçu de mes nouvelles.
Cela est important pour le succès de mesprojets. Tu lui diras que je souffre autant que lui de ne pas le voir ; que je l'aime plus que ma vie ; que...
ARGENTINE
Oui , oui , mademoiselle ; avant de lui dire ce que vous voulez qu il sache, je lui dirai tout ce qu'il sait. Je comprends cela à merveille ; dès que mon mari sera rentré, j'irai parler à M.
Lélio.
J'ai encore une prière à te faire.
Mon père est clans l'usage de me donner, pour en disposer à ma volonté , le vingtième de tous les profits un peu considérables qu'il fait dans son commerce. Il vient de gagner cent milla écus;et ce matin il m a apporté quinze mille francs dont je suis maîtresse absolue. Tu ne devines pas ce que j'en veux faire ?
ARGENTINE
Non.
Si je ne te devois pas tant , je seroîs bien plus hardie à te les offrir.
ARGENTINE
A moi?
Oui , ma bonne amie : ajoute ce plaisir à tous ceux que je te dois; souffre que cette bagatelle soit mise en r«nt« viagers s ur ta l«te : j 'ai déju. don-