‹ Théâtre de m. de Florian (volume 2)Chapitre 63 sur 105 · SCENE I. i · texte numérisé non relu

SCENE I. i

amitié, sans ton adresse, je n'aurois pas revu Nisida depuis le jour où , pour la première fois , je l'apperçus à la promenade. Ce seul moment lui livra mon cœur. Tous mes efforts, toutes mes tentatives pour m'introduira ici, furent inutiles : toi seule eus pitié de moi; tu daignas protéger cetamour si tondre , si pur , qui ne finira qu'avec mes jours ; tu fus la première à me travestir et à me présenterpour secrétaire à ton maître monsieur Arlequin.

Depuis six mois je jouis du bonheur inexprimable de vivre, de respirer auprès de celle que j'adore , de la voir tous les jours , de lui parler quelquefois. Elle nesedoute pas que je l'aime et que je suis digne de l'aimer : n'importe , j'étois heureux, je bénissois mon sort ; une lettre que je reçois de mon colonel vient détruire cette illusion.

i54 LE BON PERE.

Que VOUS écrit ce colonel?

Tu sais que depuis trois mois j'ai reçu l'ordre de retourner au régiment; je n'ai pu m'y résoudre : et rnon colonel , qui s'intéresse véritablement à moi, a découvert, je ne sais ffîomment, que j'étois dans la maison de monsieur Arlequin sur le pied d'un secrétaire, d'un domestique , tranchons le mot ; et que j'oubliois tous mes devoirs pour un fol amour qui ne peut être heureux. Il vient de m'écrire , avec toute la sévérité d'un chef et toute la vivacité d'un ami , que , si je n'ai pas rejoint dans huit jours , il fera nommer k ma compagnie.

Eh bien! qu'il y nomme. Votre compagnie la plus çhere , c'est nous , et votre premier colonel, c'est mademoiselle Nisida. Je ne m'y connois

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