SCENE I. i
pas, moi ; mais il me semble qu'il vaut bien autant être le mari d'une demoiselle jeune, charmante, riche, aimable , que d'être capitaine de cavalerie.
Tu parles toujours de mariage, Nérine , et tu ne veux pas comprendre qu'il est presque impossible que j'épouse mademoiselle Nisida.
N É R I îf E.
La raison, s'il vous plaît? On épouse tout le monde , excepté sa sœur.
Je te l'ai dite cent fois. Nisida est jeune , belle , aimable , fille unique d'un père très riche : et moi, militaire obscur , sans fortune , presque sans nom, carlesort, qui m'apoursuivrdès le berceau, me défend d'oser porterie nom de mon père ; moi , destiné à vieillir dans un régiment , ou à trouver la mort à la guerre , j'ose aimer Nisida, je me travestis, je me dégrade.
i56 LE BON PERE.
je vais perdre pour elle le seul bien que je possède , le seul qui me fait vivre , mon état : et quand il ne me restera plus rien dans le monde que mon amour , comment oser le déclarer à celle qui pourvoit croire que c'est sa fortune que j'aime?
J'approuve cette délicatesse, sans voir les choses comme vous les voyez.
Mademoiselle Nisida est assurément tout ce que vous avez dit ; mais vous , monsieur Cléante , vous n'êtes pas si fort au-dessous d'elle. D'abord , j)our les qualités et les agréments, sans vous flatter , vous vous ressemblez beaucoup. Je sais que ce jietit article, qui fait tout dans le mariage , est compté pour rien dans le contrat : mais monsieur Arlequin , le père de mademoiselle Nisida, convient lui-même qu'il n'est qu'un simple bourgeois d'une