‹ Théâtre de m. de Florian (volume 2)Chapitre 86 sur 105 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

amitié : je le lui rendis du meilleur de mon cœur ; au bout de six mois il ne pouvoir plus se passer de moi.

Ce comte de Valcour étoit un fort bon homme, mais il avoit épousé secrètement en France une fort mauvaise femme qui se conduisoit très mal. Un beau matin, le comte s'en alla, en laissant à cette femme la moitié de sa fortune pour elle et pour un fils de six mois qu'elle avoit, et dont le comte n'a jamais'xoulu entendre parler. J ai demeuré douze ans avec ce mouiieur de\alcour, dans la plus tendre intimité; il y en a onze qu'il Cit mort, et qu'il m'a fait héritier de tout le bien qu'il avoit apporté en Italie.

Je n'en suis pas étonnée.

Tant que j'avois été pauvre, j'a- Tois été heureux; sitôt que je fus ri- 1. 17

che , les chagrins vinrent : je perdis ta pauvre mero et tes deux frères.

Tout cela me fit ])rendre mon pays en aversion : je réalisai mon bien , et je vins m'étalîlir à Paris avec toi , <jui n'avois pas alors plus de six ans. Je plaçai bien mon argent; mes fonds sont, à-peu-près doublés depuis dix ans : de sorte, ma chère fille, que j'ai, ou, pour mieux dire, tu as soixante mille livres de rente qui ne doivent rien à personne. Cela est fort joli. Mais si je venois à mourir, tu te trouverois seule , étrangère , sans famille, sans appui, dans la ville la plus dangereuse du monde, et dans un âge où la plus légère étourderie feroit le malheur du reste de tes jours. \oilà pourquoi, ma chère fille, je voudrois te voir mariée à un homme estimable, considéré, comme le marquis d'Yrville, qui ne sera occupé que do te rendre heureuse , ot rem-

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