‹ Théâtre de m. de FlorianChapitre 2 sur 104 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

ta mère : je l'aimois déjà beaucoup , ta mère ; mais on s'aime bien mieux quand on a pleuré ensemble. Tu es son fils unique; je n'ai d'enfant que Lucette; ton caractère franc, ton bon cœur, m'ont toujours plu; j'ai vu qu'ils plaisoient à ma fille : âge, fortune, inclination, tout se rapportoit entre vous deux, tout sembloit assurer votre bonheur et celui de vos mères , car tu sais bien que les mères ne sont heureuses que quand les enfants sont contents. Juge du chagrin que j'aurois de renoncer à de si douces espérances.

ARLEQUIN

Eh bien ! je suis fâché de vous dire que vous ne risquez rien d'avoir du chagrin.

MATHURINE

Peut-être aussi t'afflii^es-tu sans sujet. Les amoureux et les enfants pleurent souvent à propos de rien : tu es

g LA BONNE MERE.

bien amoureux, et tu es un peu eniknt.

ARLEQUIN

Je suis oublié de votre fille , et voilà ce qu'il y a de pis. Depuis que ce monsieur Duval , le neveu de noire bailli, est arrivé de Paris, avec con catogan, son gillet à fleurs, sa petite badine , et son air d'importance et d'impertinence, votre fille n'est plus la même. Elle est toujours avec monsieur Duval; elle apprend toutes les chansons qu'il dit; elle rit «le tous les contes qu'il lait. Dimanche flernier ils ont toujours dansé ensemble : moi, je pleurois derrière le joueur de violon; elle ne s'en est eeulement pas ajipercjuc. Le soir, on a joué à colin-maillard; c'éloit moi «jui étois le colin-maillard ; je l'ai resté toute la soirée, parceque vous sentez bien qu'on n'a plus ni bras ni jambes quand on est sur de n'êtro

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