SCENE I
plus aimé. J'entendois fort bien que mademoiselle Lucette et monsieur Duval se moquoient et rioient ensemble de moi: et quand je l'ai voulu reproclier à mademoiselle Lucette; pour toute justification, elle m'a dit que j'avois triché, puisque j'y avois vu clair. C'est-il clair, madame Mathurine ?
Tout cela peut être un enfantillage que tu auras pris trop au sérieux. Au lieu de gronder Lucette, il vaudroit mieux faire semblant de ne t'appercevoir de rien , et redoubler d'eiforts pour être aimable.
ARLEQUIN
Mon dieu ! madame Ma thurine , je ne la gronde jamais : je pleure quelquefois , parceque je ne peux pas empêcher les larmes de venir; mais sitôt que mademoiselle Lucette me regarde, je me mets tout
îo LA BONNE MERE.
de suite à rire, de peur que cela no rimpatiente. Quant à être aimable, dame! je fais ce que je peux, madame Matliurine ; je mets tous le^ jours mon habit des dimanches : vous le voyez bien. Ma mère m'a donné tous ses joyaux; je ne les tiens pas dans mon coffre, je les porte tous sur moi ; je me fais le plus brave que je peux; mais je n'ai point de catogan , comme monsieur Duval ; je ne sais pas siffler tous les petits airs qu'il siffle. Il a appris à Paris je ne sais combien de chansons, qu'il compose ensuite dans le moment pour mademoiselle Lucette. Je n'en sais point, moi ; j'ai voulu essayer d'en composer une, j'y ai passé toute ma journée d'hier; mais je n'ai pu trouver autre chose, sinon que, J'aime Lucette plus que ma vie. Quand j'ai dit cela une fois; bon soir, j'ai dit tout ce que je sarois.