SCENE IX
tUCETTE; ARLEQUIN, enhabit de dragon , avec le casque et le sabre.
JM Aïs que vois-je ? c'est Arlequin. . . Oui, c'est lui... Je ne me trompe j)as. Et comment....
ARLEQUIN, se retirant. Je vous demande pardon , mademoiselle , c'est madame votre mer»
rjijc je cliercliois.
Arlequin , arrêtez, répondez-mo^
Que veut Jire cet habit? que voua est-il arrivé? Je tremble de frayeur.
ARLEQUIN"
l^e tremblez pas , mademoiselle , ne tremblez pas , je n'ai pas le projet de tuer M. Duval. Je ne veux la mort de personne que la mienne.
Mais expliquez-vous donc , et tirezmoi d'inquiétude. Pourquoi cet uniforme? vous êtes vous engagé?
ARLEQUIN
Engagé ! je l'étois avec vous ; c'étoit tout mon bonheur , c'étoit toute ma joie... Vous m'avez donné mon congé , vous m'avez cassé avec ignominie: j'ai été chercher un autre capitaine , bien moins aimable , mais lin peu plus sûr.
Est -il possible que vous ayez fait cette folie? est-il possible...?
ARLEQUIN
Mademoiselle , j'ai fait quelquefoU des folies plus dangereuses ; car enfin je n'ai engagé que ma vie à mon capitaine : ce qui peut m'arriver de pis, c'est de la perdre ; et une fois mort, on ne souffre plus. Mais quand on engage son cœur , quand on le donne, quand on le livre tout entier à celle que Ton chérit plus que soi-même; et qu'après l'avoir accepté, elle le dédaigne , le déchire , le pique de cent coups d'épingle dans les endroits qu'elle connoît les plus sensibles , mademoiselle, cela fait plus de mal que de mourir , et cela fait mal bien plus long-temps,
Et que dira votre mère? Vous ne songez pas qu'en m'abandonnant vous l'abandonnez aussi?
ARLEQUIN
Ce n'est pas moi (|ui vous aban-
s C E N E I X. Bj
donne, puisquejevous emporte dans mon cœur, et que vous m'avez dit :
"\'a-t*en. Quant à ma mère , je n'ai point d'excuse, je le sais, et j 'en pleure. Mais madame Matliurine la consolera, prendra soin d'elle pendant mon absence. Je venois l'en prier , j« venois lui demander de remplir ma place auprès de ma mère. Ce n'étoit pas vous que je cherchois , mademoiselle ; je voulais partir sans voui voir.
Partir! Quoi! vous voulez partir de J aujourd'hui?
ARLEQtriK.
Tout à l'heure. Il le faut bien : le capitaine m'a dit que le général étoit à la veille de donner bataille, et qu'il n'attendoit plus que moi pour cela.
\ous jugez bien que je ne peux pas faire attendre cet honnête homme.
Mais , Arlequin , l'on vous a trompé. Soyez sûr...
ARLEQUIN
Oh ! je le sais bien que l'on m'a trompé , mais ce n'est pas le capitaine. Mademoiselle , ne me retenez pas plus long-temps : je vous le répète encore , ce n'est pas vous que je clierchois ; c'est madame Mathurine , votre mère , à qui je veux remettre c« papier. Est-elle chez elle?
Klle est en affaire. ( Arlequin s'en va. ) Vous mo (juittez doue?
ARLEQUIN s'arrête.
Je tAchf de m'en aller , mais je n« vous (ji)iirê j^as.
Arlequin
A K L E Q n I N, jLil Heu? (Hrcvicarj