ACT. II, SCEN. V. 14S
grins , et vous voyez comment je me porte.
D'abord, il ne faut rien vous déguiser. Je suis certain du cœur d'Agathe , je suis sûr d'eu être aimé autant que je l'aime; et vous pouvez compter d'avance que ce sera moi qu'elle choisira pour époux.
En ce cas, je n'ai plus rien à vous dire, et c'est madame votre mère seul© que cetteaffaire-ciregarde. Serviteur, monsieur Firmin. ( Il veut s'en aller. ) F I R M I N , le retenant.
Arrêtez, arrêtez, je vous en prie.
Il me semble que vous avez tout dit.
F I R M I îf.
Vous demandez que je vous cède 'Agathe ; mais réfléchissez que , même en faisant ce que vous voulez, vous n'en serez pas plus heureux.
Pourquoi donc , s'il vous plaît? eston malheureux d'épouser celle que l'on aime?
Oui , quand on n'en est pas aimé.
Et voilà positivement le motif de ma haine et de ma conduite envers vous. C'est vous, vous seul, qui m'empêchez d'être aimé d'Agathe , et ce n'est pas la première fois que je voua trouve sur mon chemin; par-tout où je suis avec vous, on vous cherche et l'on me repousse ; aux deux dernières lètes du village, vous m'enlevâtes le prix de l'arc. Je ne vous l'ai pas pardonné ; je vous dis franchement que je vous déteste, que je vous ferai le plus de mal que je pourrai; et si je ne puis vous chasser du cœur d'Agathe , je me vengerai du moins de voui voir toujours préféré à njoL
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Mais vous vous en vengez sur vousmême : mais le cœur d'Agathe est à moi, etil m'appartienJia toute la vie.
\ous ne connoissez pas ces coeiirs-Ià, monsieur Giraut; c est un pays qui vous est étranger. ^ ous ne savez pas qu'Agathe ne vous choisira pour époux que dans le premier moment de colère que lui causera mon feint abandon ; que , ce premier moment pai?é, elle en sera désolée; que son amour pourmoi se réveillera plus fort que jamais ; que si elle apprend surtout que c'est pour sauver ma mère que j'ai renoncé à sa main , elle m'aimera cent fois davantage , elle me regrettera cent fois plus ; et l'idée de l'aiTreur marché que vouîm'avezpropoië vous ôtera pour jamais sa tendresse, et peut-êtreson estime. Serezvous heureux, monsieur Giraut?
Je ne suis pas si grand raisonneur que vous, monsieur Firmin; vous passez vos journées à lire tous les beaux livres du chAteau, et vous me répétez ici ce que vous avez lu ce matin. Je ne lis rien moi , que mon livre de comptes ; et je n'ai pour me conduire que le bon sens que m'a donné ma mère.
FIRMIN
Vous avez, eu une mère?
La belle demande! aj)paremment.
FIRMIN
D'après la proposition que vous m'avez laite , je ne l'aurois pas cru.
Tout cela et rien, c'est la m^m© chose. Il ne s'agit'que de deux partis , c'«\st que votre mère aille en prison , ou bien que j'éi)ouse A^allie. \'oilà Sur quoi il faut ine. répondre. Qu'A-