ACTE m, SCÈNE V. Bi
Quels seraient vos desseins?
CARLOS
D'y porter l'indulgence ; D'y réparer les maux prodnits par la vengeance*
PBILIFFE.
Vous irien en mon nom ramper sous mes snJMs!
ClKLOS.
Ramper en essayant le pouvoir des bienËuts!
La fierté de Philippe en mes veines transmise
A la rébellion ne sera point soumise ;
Et voire fils, chargé d'un emploi glorieux,
Ne fera p<nnt rongir le front de ses aïeux.
Mais si j'ai bien copçu l'autorité suprême.
Un monarque, un héros, déjà grand par lui-même,
Devient plus grand encore en sachant pardonner.
Et toujours la clémence est l'art de gouverner.
Qu'un prêtre, un Spinola soit cruel par Ëiiblesse;
Que des droits de l'Éghse il nous parle sans cesse ;
Ne puisse, au moins pour voua, réclamer ceux des rois?
Et votre peuple aussi n'a-64l donc pas ses droits ?
Partout l'opinion réveille enfin le monde,
Partout l'esprit humain sort de la nuit profonde ,
Et des tyrans sacrés rompt lentement les fers ;
A des rayons nouveaux cpiand les yeux sont ouverts.
Quand la raison publique, en tous lieux éUncée,
Mûrit, éclaire, écbau0è, agrandit la pensée.
D'un illustre monarque, illustre successeur,
Des préjugés vieillis Philippe déf^iseurj
'\oudrait-il éu^ër leur empire déhUe,
hyGoo^le
33o PHILIPPE II.
Et sur un trône rasif s'endormir immobile ?
Le vulgaire des rois, redoutant le danger,
A ces grands mouvemens peut rester ëu-anger ;
Mais, vous, de rUnivef's ne trompez point l'attente;
Présidez à leur marche incertaine et flottante ^
Qu'à vos nobles travaux un Ëls associé
Aux plainea du Brabant, paciflipie envoyé,
Parmi tant de cyprès y sème enfin l'olive,
T porte avec l'oubli la clémence tardive,
Lave par des bienfaits ce sol eoËanglanté ,
Et fasse aimer un nom trop long-temps redouté.
PHILIPFB.
Eb quoi ! l'infant d'Espagne ouvertement conspire ! Roi trahi! prince aveugle! et malheureux empire! Mon ouvrage avec moi périra tout entier.
Si Philippe, en montant, laisse un tel héritier. Comment vous flattez-vous de quelque obéissance? Avez-vous, imprudent, calculé ma puissance?
Dans IVaples, dans Milan, mon empire est assis j Venise, Emmanuel, Famèse, Médicis, Reposent sous l'abri de mes vin^ diadèmes ; Rome, doDt)'aî toujours chéri les lois suprêmes. Du fond do Vatican réclame mon soutien; Jaloux de mes grandeurs, Charles, Maxiinilien, Savent que la Belgique ouvi-e à mon espérance Les portes de l'empire et celles dé la France; De l'Anglais qui me craint les ports me sont ouverts; Son trident orgueilleux, qui pesait sur les mers. Respecte mes vaisseaux; et l'océan paisible Respire enorgueilli sous ma flotte invincibLe.