ACTE I, SCENE II. i4i
Et je rais maintenant, pour prix de sa tendresse, De mon éclat honteux affliger sa vieillesse, Attacher avec pompe à son front maternel Du bandeau des tjrans l'opprobre solennel !
ASTICLCS.
Tu peux...
TIMOPEANE.
Je le pr^Tois : bientôt l'infortunée , Loin de son fils coupable, aux larmes condamnée, Désirant mon trépas que j'aurai mérité, Maudira ma naissance et sa fécondité.
Eh bien , s'il est ainsi , renonce à la couronne ; Va, perds des conjurés que ton cœur abandonne; Et si leur imprudence a compté sur ta foi , Punis-les des complots cja'ils ont tramés pour toi. Mais, quel sera le but de tant de perfidie?
Ne croîs point acheter ton salut de leur vie. Acharnés contre toi , tes nombreux ennemis T'accableront bientôt, s'ils ne sont point soumis: Avec ses affidés Ortagoras conspire ; A ton frère, peut-être, on veut donner l'empire.
TIMOPHASE.
Mon frère! lui, tpran! lui, régner! non, jamais.
ASTlCI-fes,
Ortagoras. . .
TIKOPHAIIE.
Qu'importe ua vieiDard qne je bais?
Magistrat insensé , dont le sombre génie
hyGoo^le .
i4» TIMOLÉON.
Ne rêve que forlâils, ne voit que tyraonie.
S'il partage avec nous cet honorable emploi De convoquer le peuple et de sceller la loi , S'il siège à nos côtés dans le rang de prytane, n frémit, mais il tremble au nom de Timopliane. Vingt fois dans la tnbune il a conçu l'espoir D'ébranler mon crédit, de sapper mon pouvoir ; Et moi i'aï toujoura va, calme au sein de Torage, S'exbaler à mes pieds son impuissaole rage.
INTICLÈS.
Et c'est-là le motif de ses chagrins jaloux j
CTest-Ià ce qui sans cesse irrite son courrotix.
Adulateur zélé d'une foule inconstante.
L'aspect de tes amis l'afflige et l'épouvante.
n sait qu'à ta fortune unissant leurs efforts,
Les riches t'ont voué leurs bras et leurs trésors*,
Qu'au nom d'égalité leur ame est allarmée;
Que tu peux d'un coup-d'œil enfanter une armée ^
Et, de tes fiers dédains essuyant la froideur,
D'un regard envieux il prévoit ta grandeur.
Q pense t'arrèter dans ta route sublime:
Sous ton chemin de fleurs sa main creuse un aUme.
TIMOPHIHE.
Que veut-il, Antîclès? Dis; parle; répouda-moi.
ABTICLÊS.
Détruire tes amis pour venir jusqu'à toi.
XIMOPHAKE.
Détruire mes amis! Je leur serai Bdèle.
' ACTE I, SCÈNE II. i43
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Oui : reprends à jamais ton courage et ton zèle. ■ Plus de ménagemens , plus de vaines terreurs.
timofqahe.
3e veux d'Ortagoras prévenir les fureurs.
De nos fiers conjurés je connais la vaillance; Je leur ai u>ut promis, richesse, liouneurs, puissance: En de vastes desseins, trop prompt à m'engager, Je n'ai plus de remords quand je vois leur danger. Deays, par leurs conseils, reçoit mes émissaii-es; Epaisùssons la nuit qui couvre ces mystères.
Contre lui Syracuse implore notre appui ; Dans Corînthe, en secret, qu'ils agissent pour lui. Ses trésors prodigués ont été leur partage :
Je n'oublirai jamais que je suis leur ouvrage ; Us m'ont ouvert, peut-être, un chemin dangereux: ITimporte, ils m'ont servi; je périrai pour eux.
ANTICLÈS.
Leur fortune est la tienne; et c'est aujourd'hui m6me Qu'ils veulent sur ton front poser le diadème.
TtlIOPaAHE.
Aujourd'hui?
ASTICLÈS.
Dans la place , aux yeux du peuple entier.
Ceux qu'on ne peut séduire, on peut les effrayer. Nous avons caressé l'orgueilleuse richesse, Flatté l'amliitîon , soudoyé la paresse.
Crois-moi, n'attendons .pas que ton frère, en ces lieux. Oppose à nos desseins un Iront victcaieux-
i44 TIMOLÉON.
Voilà ton seul rival. C'est durant son absence Que nous allons fonder ta nouvelle puissance : De ce nom redoutable on voudrait t'accabler.
TIHOPHÀtTE.
C'est à mes emtemis qu'il convient de trembler.
ÂBTICLÈ9.
Leur foule , en te nonunant , se permet la menace.
TlUOPBlME.
Eh bien ! je punirai leur insolente audace.
AHT1CI.ÈS.
Que veux-tu que ma voix annonce à tes amis?
TIMOPHANE.
Dis-leur que je tiendrai tout ce que faîpromis.
ADTICLÈS.
Le succès, Timophane, est dans la confiance.
timophiue.
Il suffît. Laisse-moi. Démariste s'avance.
Qu'ils viennent sur tes pas me cbercher en ces liens ; Je les suivrai. Le reste est dans la main des dieux.
hyGoo^le