‹ Théâtre de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 73 sur 258 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

TIMOPHANE, DÉMARISTE.

OiMABISTE.

Inquiète long-temi» du sort de votre frère,

Pai craint qu'il n'éprourlt la fortune contraire :

Mon coeur à cet effroi ne doit pins se livrer.

Pour Corinlhe , mon £ls , tout semble prospérer.

n m^écrit d'Agrigente^ et, maître de la ville,

n a vaincu deux fois le ^rvi de Sicile.

Bientôt même , c'est loi tfii m'en doAne l'eapoir,

Sons le toit paternel nous pourrons le revoir.

A nos vailUna gucriers Carthage &i vain s'oppose :

pour Ini fermer U mer déjà tout se dispose ;

Timol4on prétend l'attaquer dans ses ports ,

Peut-être sur les Hots surprendre ses d:ésors ,

La chercher, la combattre , et, jusque sur nos rives,

Traîner son opulence et ses vinles Captives.

Combien des immortels je ressens les faveurs 1

Combien sur tous mes jours ils ont versé d'honneurs '.

Épouse fortunée , et [dus heureuse mère ,

]*ai denx fils vertueuv qtn remplacent leur père.

Tons deux ont aux combats guidé nos étnidards :

Maintenant, le premier, brillant sous mes regards,

D'un magistrat du peuple ez^ce la puissance \

L'autre , loin de mes yeux signalant sa vaîtlanee ,

hyGoo^le

446 TIMOLÉOK.

Des mains d'un peuple ami fera tomber les fers ,

£t da joDg de Carthage aSranchira les mers.

TIUOPBAKB.

L'entreprise est sans doute illustre et magnanime , Digne de cette ardeur dont ta gloire l'anime. Je l'avoùrai pourtant ; j'ai peine à concevoir Que l'on veuille tenter tout ce qu'on croit pouvoir. Quel espoir nous séduit ? quelle fureur nous presse ? Deux siècles de combats ont fatigué la Grèce. L'Univers étonné la vit se réunir, S^opposer aux Persans , les vaincre , les punir ; Et trois fois Marathon , Salamine et Platée Relevèrent l'éclat de sa gloire insultée.

La justice, en ce temps', conduisait ses ^erriers, Et vingt peuples rivaux confondaient leurs lauriers. Mais , depuis , excitant de plus sombres querelles , I^a baine a divisé nos palmes fraternelles.

Durant un demi-siècle , au sein dé nos cités , lifos fleuves ont roulé des flots ensanglantés. Pourquoi troubler encor la tranquille Aréthuse ? Pourquoi porter la guerre au sein de Syracuse ? Ceux que nous combattons nous ont-ils outragés ? A-t-on vu par Denys nos temples saccagés ?

Ses voiles , dans Corinthe apporunt les ravages , Ont-elles violé l'orgueil de nos rivages?

Âb I sans cfaercber encor des succès incertaitas , Sans Vouloir rallumer des feux à peine éteints , I4'avons-nous pas nous-mêmes à réparer nos pertes ? Tie nous reste-t-il pas des campagnes désertes Qui , d*ua aspect stérile importunant les yeux ,

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