ACTE IV, SCENE IV
Sans honie et sans frayeur, sahs crime et sans reinord , Nous nous réunirons dans les bras de la mort.
JEAB CALAS.
Sans crime ! un suicide ! Ah ! mère malheureuse , Un suicide a fait notre infortune affreuse.
Puissent les vœux ardens d'un cœur pur et soumis Obtenir le pardon du premier de mes Ëls !
Mais imiter, grand Dieu! sa fatale impi-ndence ! Troubler l'ordre étemel, tpnter la Providence! Non. Sans être coupable on ne peut n Au poste où sa justice a daigné nous pbici
Quelle est donc cette erreur à qui tu rends hommage ?
Du Dieu qui le créa l'homme est, dît-on, l'image,
Et la bonté de Dieu veille sur les destins
De cet obscur limon façonné par ses mains. »
Ah ! s'il était bien vrai , si le seul être juste
Daignait verser sur nous son influence auguste,
Verrait-on l'équité sans crédit et saus voix,
Et la loi du plus fort braver toutes les lois?
Verrait-on la balance, entre les mains du crime,
Choisir impunément la vertu pour victime ;
Le fanatisme impur, ce fléau des mortels.
Souiller les tribunaux , les trônes , les autels -,
Sous des brigands sacrés l'humanité tremblante
Se débattre à. leurs pieds dans sa chaine sanglante ;
Les inuocens trainés au pied des échafauds.
Et souvent poursuivis au fond de leurs tombeaux ?
Le malheur inventa le nom de Providence :
nign^Pdi-vGoOgle
35o JEAN CALAS.
Llofortuné qui pleure a J>esoiu d'espérance.
AccaUé par un roi, par un juge inhumain,
H voulut reconnaître une idTisible main :
La vanité crédule appuya ce système
Qui fait agir pour l'homme et le monde et IMeu m£me.
Redescendons vers nous ; cherchons la vérité :
De la commune loi l'homme est-il excepté?
Tout ce qui fut créé , terminant sa carrière ,
N'estril pas oubUé dans la même poussière ?
Tu frémis!... Maïs, dis moi, quand l'Esprit éternel
Daignerait s'occuper du destin d'un mortel ,
En tranchant tous les deux nos jours insupportables,
A ses yeux paternels deviet^drons-nous coupables ?
Est-ce un tyran qui tient des esclaves aux fers ?
Nous a-t-il défendu de finir nos revers?
Nous ar-t-il malgré nous condamnés à la vie ?
Et ne peux-tu mourir qu'au sein de l'infamie ?
Calme ton désespoir, épouse de Calas ;
n afflige mon coeur et ne l'ébranlé pas :
.pour juger de mon sort apprends à le connaJtre,
Et ne blasphème point le Dieu qui t'a fait naître.
Tu me plains de subir et l'opprobre et la mort!
Eh quoi ! n'est-ce donc rien de mourir sans remord?
Tes regards vainement cherchent la Providence !
T\i ne la Irouves pas dans notre conscience,
InfailUble témoin qui n'est jamais séduit,
Ji^e qu'en tous les temps la vérité conduit,
Qni soutient dans ces manx la vertu qu'on opprime.
Et jusques sous le daîs fait le tourment du crime ?