ACTE I, SCÈNE II. 3fit
CORBÉLIE.
£h bien?
GRACCHU3.
La liberté que partout on exile , Veille au moins chezGracclius', mon toit est son asyle.
LLCIHIA.
Ainsi Rome est esclaTe '. ainsi la liberté
Au sein de nos remparts n'w jamais existé!
Ose»-tu le penser? Ces dieux de la patrie,
Ces fameux Scipiona, aïeux de Comélie,
Brutus , Publicola , tous ces grands sénateurs ,
Des murs de Romulus les seconds fondateurs,
Sous le vain nom du peuple .agissant pour eux-méme,
N'ont-ils fait qa'usurper l'autorité suprême ?
Ne sont-ils à tes yeux que de nouveaux tyrans ,
Successeurs de nos rois sous des noms différais?
Ah ! du peuple romain que l'intérêt t'anime ,
Mais n'exagère pa& un sentiment sublime ;
Écarte ce nuage étendu sur tes yeux ,
Et ces sombres chagrins d'un cœur ambitieux.
Je te vois entouré de gloire et de puissance :
Tant d'hoDDCiu^ obtenus au sortir de l'enfance
De ton frère lui-même auraient comblé les vœux :
Chacun te porte envie , et tu n'es point heureux !
GRACCBUS.
Non , je ne le suis point, lorsque la république Voit, sans briser le joug, un sénat despotique Au gré de son caprice anéantir nos lois , Et donner aux Romains des tribuns de son choix.
nign^Pdi-vGoOgle
Par combien de bassesse et de vils artifices
N* a-t-îl pas triomphé dans nos derniers comices !
Pour la troisième fois les vœux des citoyens
Allaient nommer Caïus au rang de leurs soutiens ;
Mais le séuat , lassé d'un tribun populaire ,
A séduit l'indigence avide et mercenaire ;
Par l'or des sénateurs Drusus e^t élevé
A ce rang glorieux qui m'était réservé.
Chaque jour, chaque instant accroît leur injusiice.
Hier Opimius faisait un sacrifice ;
Quintus , un des licteurs , n'a pas craint d'insulier
A ceux qui sur mes pas venaient s'y présenter :
Le peuple est implacable au moment qu'on l'ofi^iue ;
Quintus a de ses jours payé son insolence.
Le consul , aussitôt convoquant le sénat ,
Croit qu'un tel châtiment va renverser l'état.
On dirait, à l'aspect de sa crainte frivtde ,
Que Brennus est encore au pied du Capitole ;
Et tous les sénateurs , qu'Opimius conduit ,
Sont pour ce grand objet rassemUés cette nuit.
Us ne m'abusent point par ces grossières feintes :
Je crois à leur vengeance , et non pas à leurs craintes.
Ces ^^ns de la terre , au sang accoutumés,
Du meurtre d'un licteur ne sont pas alarmés ;
Ils le sont de mes lois ; leur insolente rage
De mon frère et de moi veut détruire l'ouvrage ;
Contre la liberté tout semble conspirer :
Mais, puisqu'il est des dieux, j'ose encore espérer.
LICINIA.
Ils ont abandonné votre malheureux frère.
nign^Pdi-vGoOglc