‹ Théâtre de M. J. ChénierChapitre 50 sur 251 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ÇOLIGNI, HENRI.

V/ui, j'ai quitté pour vous les bords de la Charente,

Ainsi le désira votre mère expirante ;

Ses désirs sont mes lois ; ses ordres sont suivis :

Par zèle et par devoir je m'attache à slin fils.

Parmi les courtisans je viens sans confiance ;

De leur génie aâreux j'ai trop l'eipérience ;

nign^Pdi-vGoOgle

ii4 CHARLES IX.

Je crains que l'aTenir ne ressemble au passq :

Par im assassiiut la paix a commencé.

JN'împorte : Coligni , défiant , mais sincère ,

Va signer aujourd'hui cette paix nécessaire :

foublirai mes périb pour vos félicites.

Mais vous, qui, sur ces bords si long-temps attristés,

Ramenez les plaisirs et la douce allégresse ,

Vous, mon héros.... mon fils, dont l'heureuse jeunesse

Wa point acquis le droit de craindre les humains ,

Lorsqu'un hjmen brillant sourit à vos destins ,

Lorsque vous paraissez , dans la pompe des fêtes ,

Un astre bienfaisant qui calme les tempêtes ,

Quel chagrin , de vos jeux interrompant le cours,

Vient obscursir l'éclat répandu sur vos jours?

BEHRI.

Il est de ces instans où l'ame anéantie , D'un sinistre avenir paraît être avertie ; Et souvent en eflèl ces secrètes terreurs , Des désastres prochains sont les avant-cdureurs. Je goûte des plaisirs empoisonnés d'alarmes ; Au milieu de ces jeux dont vous vantez les charmes , Dans l'épaisseur des nuits , aux momens du repos ^ Dans le lit nuptial., je me peins des complots , Le poison terminant les jours de votre frère , Et peut-être au tombeau précipitant ma mère ; Des crimes , des malheurs , et les champs odieux . Oïl Condé , ce grand homme , expira sous nos yeux , D'un carnage étemel nos régions fumantes , Et des princes lorrains les intrigues sanglantes ; ' Vos amis et les niiens , victimes des traités ,

nign^Pdi-vGoOglc

ACTEI, SCENE I. ii5

An milieu de la paix proscrits , persécutés , Dans les murs de Vassy massacrés sans défense , Accusant leur trépas inutile à la France.

Le dirai-)e P un prodige ifugmente .mon eSroi : Hier nous commencions , d'Alençon , Guise , et moi , Ces jeux qui sembleraient réservés à l'enfance , Où , toujours agité par l'avide' espét^nce , Un oisif courtisan , consumant son loisir, Perd ses biens et le temps , sans trouver le plaisir, Trois fois j'ai repoussé le trouble qui me presse : Apprenez , dussiez-vous condamner ma faiblesse , Ce que j'ai vu , sans doute , ou ce que j'ai cm voir, Ce que moi-même en6n je ne puis concevoir, Ce qui s'offre sans cesse à mon ame éperdue ; Trois fois les dés sanglans ont effrayé ma vue.

COLIOBI.

Sire , l'aspect d'un Guise a fasciné vos yeux :

Les Guises ont toujours ensanglanté ces lieux ;

Et , sans vous alarmer d'un sang imaginaire ,

Maurevel a commis un crime mercenaire :

A des pièges mortels ils ont déjà recours,

Au sein du Louvre même ils achètent mes jours.

Us régnent. Vous savez si je dois les connaître.

Croyez-moi cependant ; Bourbon ne doit pas être

Un de ces rois sujets des superstitions,

Enfans qui du sommeil gardent les passions,

Et qui , sur les projets qu'un songe leur inspire ,

Risquent , à leur réveil , le destin .d'uu empire.

D'ailleurs , auprès du roi vos amis et les miens

Ont , même avant ce jour, trouvé quelques soutiens :

nign^Pdi-vGoOglc

ii6 CHARLES IX.

Du prudent l'Hôpital souvent la voix propice

Fit au sein des combats respecter la justice ;

De Torgueilleux Lorraine il est vrai que le clwiz

L'a proclamé jadis ministre de nos lois :

Ce choix fut commandé par l'estime publique :

Mais des Guises bientôt lorsque la politique

Souillait de sang francs un glaive ambitiebx ,

L'Hôpital opposait aux cris séditieux

Des desseins toujours purs, des conseils toujours sages j

Et ce reste imposant des vertus des vieux âges

S'élevait , au milieu des courtisans surpris ,

Comme un grand monument planant sur des débris.

Si Médicis, fidèle aux mœurs de ses ancêtres,

llassemble auprès du roi des flatteurs et des prêtres,

Si d'ime corn* perfide il est environné ,

Si de nos ennemis le souffle empoisonné

Voulut dès le berceau corrompre son eniànce ,

Je crois, J'aime à penser que, pour notre défense,

Son cœur mieux averti lui parlera toujours.

Du moins quand Maurevet attenta siu- mes jours,

Charles vint s'affliger sous mon toit solitaire ;

Ainsi, que vous, mon fils, il me nomma sou père^

Sa pitié consolante adoucit mes douleurs.

Et mes cheveux blanchk sont mouillés de ses pleurs.

Peut-être je n'ai point fléchi ma destinée.

L'ame de Coligni n'en est pas étonnée ;

Mon courage est à moi ; le reste est au hasard.

Je ne puis opposer à la fraude , au poignard ,

Qu'un cœur inébranlable et quelque renommée ;

Ce Louvre me v<irra tel que m'a vu l'armée ,

Bravant les assassins jusqu'à mon dernier jour,

nign^Pdi-vGoOgle

ACTEI^ SCÈNE I.

Et servant la patrie en méprisant la cour.

BËNRI..

Que Içs lieux où jadis s'écoulait mon cnfiinco Avec un tel séjour ont peu de ressemblance , Et combien je rends grâce aux généreux humains Qui des mâles vertus m'ont ouvert les cheinius ! Je ne ressemblais point à ces princes vulgaires , Gonâës en naissant à des mains mercenaires, Enivrés de respecta, d'hommages séducteurs, Livrés aux courtisans, condamnés aux flatteurs, A l'art des souverains façonnés par des prêtres. Et sans cesse bercés du nom de leurs ancêtres. ^u lieu de serviteurs à mes ordres soumis, Je voyais près de moi des égaux , des amis :

Au travail , au courage , à la franchise altière , On exerçait alors notre élite guerrière :

Là , bravant du midi les brûlantes ardeurs, Ou des hivers glacés supportant les riguem-s, Là gravissant les monts, et les rochers arides, Nous formions noire enfance à des jenx intrépides. De vous et de Coudé suivant bientôt les pas, Je remplaçai mon père au milieu des -ciotnhats. EuGn je suis entré dans une autre carrière.

A mes yeux tout k coup quelle image étrangère ! Des guerrier? saps podeur, de mollesse énervés. Perdus par un vain luxe , avec art dépravés ; Des femmes gouvernant des princes trop faciles ^ Aux passions d'un roi des courtisans dociles, Que le seul intérêt fait agir et parler.

Sachant tout contrefaire et tout disâmuler.

nign^Pdi-vGoOgle

^i8 CHARLES IX.

En voyant leurs plaisirs, et leur fausse alle'gresse,

Et leurs vices polis, voilés avec adresse,

J'ai regrette cent fois nos grossières vertus,

Nosmonts et nos rochers de frimas revêtus, ■

Les pénibles travaux , le tumulte d^ armes,

Et mes premiers succès, pour moi si pleins de charmes»

Et ces camps généreux où parmi des guerriers

Votre élève croissait à l'ombre des lauriers.

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