‹ Théâtre de M. J. ChénierChapitre 8 sur 251 · SOLIMAN · texte numérisé non relu

SOLIMAN

O trop coupable ÏTresse I Vous l'aimez ? lui , madame ! et pour prix de mes feux Cest voua <piî me gardiez de si cruels aveux ! Vous l'aimez ? vous osez me vapter son courage : Et j'ai pu mériter un si sanglant outrage !

Ingrate , à vos dangers moi qui vole m'ofirir, Moi , dont la seule faute est de vous trop chérir, Moi , grand INen ! Soliman ! «pii , tout plein d'Azémire , Alors qu'il me fallait regagner un empire , Insensé ! pour vous seule assemblant des secours , N'ai vu que le trépas qui fondait sur vos jours. Je viens, \e suis vainqueur, et quand de ma vaillance Dans vos regards plus doux cherchant la récompense , 7e vous demande un cœur si peu digne du mien. Ce cœur est à mes yeux épris d'un vil chrétien , De l'un de ces brigands dont vous étiez la proie Sans le funeste amour qui dans ces lieux m'envoie ! Ah! sans peine du moins vous pouviez me choisir Des rivaux dont ma gloire aurait moins à roijgir. De mon nom , de mou rang j'ai l'oi^ueil inflexiUe , Et vous m'avez percé du coup le plus sensible. C'en est fait , réparons tant de momens perdus ^ Donnez-lui votre cœur où je ne prétends plus : De Soliman bientôt vous serez oubliée ; Et l'injuste dédain dont ma flamme est payée M'interdit désormais la trace de vos pas , Et me rend tout entier à la gloire, aux combats.

&ZÉHIKE.

Cette tfoble fw^ur a droit de me confondre ;

nign^Pdi-vGoOgle

ACTEI, SCÈNE III. ig

Mais je sais l'excuser et veux bien vous répondre.

Quatre ans sont écoulés du moment qu'au cercueil

Mon père descendu mit tout ce peuple en deuil ;

Et moi , seule , orpheline , et sans expérience ,

Seigneur, quand je touchais aux bornes de l'enfance,

n me fallut régner ; et de mes faibles mains

La Cîlicie entière attendit ses destins.

D'une commune voix à l'hymen appelée,

De momens en momens jusqu'au sein d'Héradée ,

Et l'Afrique et l'A^e envoyaient à mes pieds

Des princes , des héros les vœux humilii^s.'

Si de mon choix long-temps j'eusse été la maltresse ,

Xaurais pu, j'aurais dû, seigneur, je le confesse,

Puisque tout me pressait de nommer un époux ,

Entre tant de héros jeter les yeux sur vous :

Mais vous êtes instruit de l'amour qui m'enflamme ;

Et le plus doux espoir qui flatte encore mon ame ,

Est de voir aujourd'hui Soliman m'oublier,

Et de rendre à la gloire un si vaillant guerrier.

SOLIMAR.

. Vous m*insul;ez , cruelle , et vous ne pouvez croire Que j'écoute en effet les conseils de la gloire : Vous vous trompez. Un jour vous me cbnnaitrez mieux. Si je vous aime encore, un jour, loin de vos yeux, Éteignant à loisir cette ardeur qui vous flatte , Je saurai , croyez-moi , détester une ingrate , Étoufier de son nom l'odieux souvenir, Dédaigner ses mépris , peut-être les punir.

AZÉMIBE.

Jy consens ; aajs d'où vient cette haine c'ruelle ?

n,gN..(Ji-ïGooglei

w AZÉMIRE.

Ce jour à des sermeos me voîtrîl infidelle?

Seigneur, tant qu'à mes lois votre cœur fiiL soumis, Ma bouclie ni mon cœur ne fous ont rîea promis. Victime dévouée à Soliman qui m'aime , Je n'ai pu toutefois disposer de moi-même.

Javai; cru de l'amour le Iai^;age plus doux , Et d'iui jeune héros , tout aussi grand que tous , Âzémire, seigneiu?, plus tendrament aimée.

N'est point à la menace. encore accoutumée.

SOLIMAIT.

Ainsi vous le verrez par des nœuds m chéris

Oid>lier aisément son culte et son pays ,

Fouler aux pieds le Dieu qu'ont adoré ses pères ,

Le Dieu qu'aux champs d'honneur appelaient ses prières.

Dont ses chrëdens et lui , pleins d'un zèle si beau ,

Sont venus conqjiérir le stérile tombeau ;

Et de nos ennemis , réprimant Tinsolence ,

Son bras va désormais porter votre vengeance.

Vous retrouvez , madame , en un si grand appui ,

Soliman , voi sujets que vous bravez pour lui.

S'il faut que d'un chrétien ib subissent la chahie.

De ce peuple irrité n'attendez que la haine.

Croyez-vous qu'à ce point il se laisse outrager ?

Sans frémir, toutefois, vous y pouvez songer.

Et laissez de vos feux parler la violence ,

Quand l'A^e en courroux les cond^myie au silence !

Tnrenne est tout pour moi , je n'ai point de terreur ; . Tnrenne est.mon amvit, il sera mon vengeur.

ACTEI, SCÈNE III. ai

Sa main repoussera la main qm nous opprime ; Soliman , les chrétiens pourront y voir on crime. Mais bientôt mes sujets sauront cltérir la loi D'un Français , d'un héroe digne d'enx et de moi ; Et loin qu'à leur caprice, une reine asservie, Aux jotirs qui lui sont chers œ puisse tmir sa vie , Je me flatte, on je vois approclier les ïnstans De former ces beaux noeuds recnlës trop long-temps. Cediscoursvonssurprendivousqnemoncœursaitplaindre, Que f admire, seigneur, mais que je ne puis craindre , Vos yeox ne verront point un hymen odienic , F«yez loin d'une ingrate , abandonnez ces lieux y At^urez , étouffez une inutile flamme \ Vous le Tonles. Fartez.

Je resterai , madame.

Vous avez tout prévu , soyez unis tous deux : Qu'il règne, ce Français, et qu'an gré de vos vceox. L'encens brûle pour lui dans la sainte mosquée : Et puisse des chrétiens la haine provoquée.

Respectant comme moi de si nobles amours ^ De vos félicités ne point troubler le cours \ Pour vos sujets , du moins vous en êtes chérie ; Et quand il s'agira de calmer leur furie, On peut Ken à vos yeux en réserver le soin ; Mais d'un si grand hymen je veux être témoin.

nign^Pdi-vGoOgle

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