‹ Théâtre de Mme. AncelotChapitre 113 sur 350 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

ISABELLE, LA MARQUISE, mademoiselle MONISTROL.

mademoiselle moxistrol, accourant par le fond. Le notaire ! le notaire qui traverse la cour des papiers à la main !

Isabelle, faisant un mouvement.

Ah!

MADEMOISELLE MONISTROL

Un notaire avec un contrat, ça fait un effet... Enfin vous allez être madame la comtesse de Montigny ! c'est fini ; et je puis dire à présent que j'ai eu grand'peur pour vous d'un autre mariage.

ISABELLE

Un mariage?

MADE3IOISELLE MONISTROL.

Il fauî pardonner à une mère qui voyait toute la violence de l'amour malheureux qu'il avait pour vous.

LA MARQUISE

Que dites-vous? une passion malheureuse! qui cela? et pour qui?

MADEMOISELLE MONISTROL

M. Léonce pour mademoiselle Isabelle.

Isabelle, voulant la faire taire , mais troublée. Non, non, cela n'est pas.

la marquise, souriant.

Est-ce qu'une femme peut être aimée sans le savoir?

US ISABELLE

MADEMOISELLE MONISTROL

Avec M. Léonce, qui ne fait rien comme les autres, on peut trèsbien ne pas s'y reconnaître; toujours est-il que, si mademoiselle Isabelle n'avait pas eu le bonheur de rencontrer madame la marquise, d'aller au bal chez elle, elle serait maintenant la femme d'un homme qui l'aime comme un fou, c'est vrai, mais avec qui l'on n'eût jamais parlé d'elle.

Isabelle, à part , rêveuse et troublée.

Léonce !

la marquise, la regardant attentivement.

Mais pourquoi donc te troubler ainsi, Isabelle, au premier mot d'amour? Il faut, quand on est destinée à vivre dans le monde, s'accoutumer à entendre ces choses-là avec indifférence.

MADEMOISELLE MONISTROL

Il fallait le voir, ce jeune homme. Un jour, il était désespéré , je ne sais de quoi ; le lendemain un regard plus doux , un geste plus familier, un mot, un sourire, et il était heureux. Si je vous racontais...

la marquise, l'interrompant en riant.

Là, là, assez, assez ; certes, comme je le disais, on écoute toujours ces choses-là avec indifférence, surtout quand on va se marier avec celui qu'on aime ; mais il vaut mieux ne pas placer des souvenirs d'amour et de passion auprès du mariage ; ils sont comme les revenants, on n'y croit pas, et tant qu'on est deux on n'y pense guère ; mais il peut arriver qu'on soit délaissée et seule, alors on y pense, ils reparaissent, et les apparitions sont très-dangereuses ; regardez, Isabelle a déjà un air tout effrayé.

ISABELLE

Tu veux dire étonné ?

MADEMOISELLE MONISTROL

Sans doute ! qu'aurait-elle fait cette chère enfant, qui aime tant le monde, s'il avait fallu passer toute sa vie seule, avec un mari sérieux, grave?... (Riant.) Il y en a pourtant comme cela, qui ne connaissent ni les fêtes, ni le bruit, ni les plaisirs, qui s'aiment tout bonnement et qui se croient heureux... Pauvres gens ! Isabelle, vivement.

Peut-être ont-ils raison.

Que dis- tu?

Isabelle , réfléchissant.

Rien. Mais comprends-tu, Charlotte? c'est à lui que je confiais hier mes idées, mon projet de mariage avec un autre. (Avec émotion.) Et son trouble ne m'a rien appris, et c'est lui qui a décidé, qui a forcé sa mère à consentir...

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