ACTE I , SCENE II
hermann , souriant.
Et Duvernay regarde le dîner comme l'événement le plus important des vingt-quatre heures de la journée. duvernay , riant.
C'est d'abord celui dont on aime le moins à se passer... Autrefois les poètes et les amoureux se moquaient de cela ; mais de notre temps le génie et l'amour lui-même aiment aussi à bien dîner : pourtant dîner n'est rien, si ce n'est en bonne et aimable compagnie. Jadis, je la rassemblais chez moi ; mais j'ai fait comme les autres, des spéculations; chacun voulait m'enrichir et me procurait des actions d'entreprises parfaitement sûres ; ce qui fait qu'en peu d'années j'ai eu le chagrin d'être ruiné sans avoir eu le plaisir de dépenser mon argent.
clémence , riant.
Et cela ne fait pas compensation.
DUVERNAY
Heureusement, on trouve ici mille moyens de réparer cela : j'ai fondé à mon tour une entreprise magnifique ; de mes créanciers j'ai fait des actionnaires, et j'espère rétablir ma fortune !... Qu'importe d'ailleurs?... Paris a tant d'amusements pour dédommager ceux qu'il ruine ! Je puis vous faire inviter dans des maisons riches et brillantes, où l'on me reçoit à merveille : j'y suis presque le principal personnage, car c'est toujours moi qui suis chargé de l'amener. J'aime à voir tout le monde joyeux, cela m'égaie. clémence , riant.
C'est-à-dire que vous contribuez au plaisir des autres, à charge de revanche ?
DUVERNAY
Et si je puis vous être utile...
Merci, Monsieur, pour votre bonne volonté ; mais je pense que nous vivrons très-retirés.
DUVERNAY
A votre âge ? Ne serait-ce pas le baron, votre beau-père, que vous craindriez? Il a élevé son iils sévèrement, durement même, et non pas comme un unique héritier destiné à avoir quatre-vingt mille livres de rentes. Souvent je l'ai blâmé de sa sévérité ; je lui disais : Cet enfant n'est pas heureux, il devient craintif, défiant ; et quelquefois cela tourne mal. (Les jeunes gens font un mouvement.) Oui, les jeunes gens élevés trop rudement font de plus grandes sottises que les autres ! heureusement je me trompais, et tout est pour le mieux... Mais mon vieil ami, ce cher baron, n'est pas aussi ennemi du plaisir qu'Hermann a pu le croire, et à présent que vous
HO CLEMENCE
voilà mariés... Comment ne m'a-t-il donc rien dit hier de voire mariage ?
clémence , étonnée.
Hier !... vous l'avez vu hier ?
DUVERNAY
Sans doute... cela semble vous étonner?
CLÉMENCE , à part.
A Paris!... lui?..; {Haut.) Non, pas du tout.
DUVEUNAY.
Je l'ai rencontré hier, entrant chez notre célèbre avocat Rambert.
hermann , vivement.
Comment ?
clémence, troublée, à part.
Le baron chez mon père... qu'y allait-il faire ? duvernay , trcs-étonné , les regarde avec surprise et attention. Qu'y a-t-il donc? Quel air étonné, interdit !
ïiermann , essayant de se remettre.
Rien... M. Rambert vous est connu : vous avez vu mon père chez lui?
DUVERNAY
Pourquoi cette surprise ? d'abord moi, je connais tout le monde : c'est le moyen de bien choisir ses amis, et Rambert est de ceux que j'estime le plus et que j'aime le mieux. Dans ce moment-ci, son talent me sera fort utile ; hier je sortais de chez lui quand le baron montait l'escalier... nous n'avons pu nous dire ainsi que quelques paroles.
clémence , à part, avec inquiétude, examinant Hermann.
Si Hermann me cachait quelque chose ?
DUVERNAY
Est-ce que le baron ne demeure pas avec vous ?
hermann, embarrassé.
Non !... ce logement n'est que provisoire, et bientôt...
DUVERNAY
Alors, donnez-moi son adresse : j'irai en sortant d'ici.
hermann, avec embarras.
Mais... je ne sais pas vraiment...
DUVERNAY , étOïiné <
Vous ne savez pas où demeure votre père! Quel mystère!... clémence , essayant de réparer ce qui a été dit.
Aucun ! Nous ne sommes pas venus à Paris tous ensemble... un voyage nous a tenus loin du baron depuis notre mariage... à peine arrivés... nous ignorons encore où il loge...