‹ Théâtre de Mme. AncelotChapitre 288 sur 350 · ACTE It, SCENE XI. m · texte numérisé non relu

ACTE It, SCENE XI. m

LE PRINCE

Méloé!... c'est elle!...

Laurence , apercevant Mathilde.

Mathilde, ici !... Mathilde !

MÉLOÉ

Qu'as-tu donc?

LAURENCE

Sais-tu ce qui l'amène chez moi ? ses amours avec monsieur le duc !... chez moi!... moi... qui suis sa femme !

LE PRINCE

Qu'entend s-je ?

Georges, allant à Laurence, et lui montrant le billet, à demi-voix* Qu'avez-vous à dire , vous à qui l'on ose écrire ainsi ?

LAURENCE

Comment?

GEORGES

Lisez, madame!...

LAURENCE

Mais, monsieur...

(Georges la repousse d'un geste.) méloé , qui s'est avancée et a entendu ce qu'a dit Georges. Mais ce n'est pas vrai !... Tout ce que j'entends là n'est pas possible !... 0 mes amis , qu'êtes-vous devenus?

Georges , avec une espèce oV effroi.

Méloé!...

méloé , près de Georges et à demi-voix avec douleur. Georges... à quoi donc aura servi mon sacrifice?...

(Georges fait un mouvement.) MATHILDE , à Méloé.

Ne m'abandonnez pas.

Laurence , lui prenant la main de Vautre côté. Mon Dieu !... il ne peut m'entendre !

Georges , à lui-même.

Elle ici!... Dans quel moment!...

MÉLOÉ

Oui, moi... qui vous croyais tous heureux... qui me croyais seule à plaindre.

GEORGES

0 mon Dieu!...

MÉLOÉ

Moi qui trouve Laurence au désespoir... Mathilde mourante... et

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vous, Georges, vous... ah ! vous êtes peut-être le plus malheureux de tous !

Georges , faisant un mouvement.

Moi?

MÉLOÉ

Oui !... Savez-vous pourquoi je suis venue?... pourquoi j'ai quitté ritalie ? pourquoi, quand j'ai rencontré Laurence, je l'ai entraînée en lui disant : Conduis-moi près de lui, à l'instant?... Près de vous, Georges !... ah ! ce n'était pas ainsi que je pensais vous retrouver!... Je serais venue plus tôt si je vous avais su si malheureux !... c'était un autre que je devais sauver, et pour qui j'accourais vous implorer !

M'implorer?... sauver un autre!... ah! ne parlez pas, Méloé!... J'ai peur de vous entendre rappeler un passé que nous devons tous oublier.

MÉLOÉ

Non!... parlons-en, au contraire, de ce passé!... de ce passé où nous étions ensemble, où chacun de nous n'avait ni tort à regretter, ni malheur à prévoir; où , dans notre misère , nous étions tous si riches d'avenir et d'innocence !... oui , tous , qui sommes ici maintenant tristes, pâles et désolés !... puis un autre encore... le seul qui manque en ce moment parmi nous, le plus jeune et le plus joyeux ; Jules, cet enfant qui vivait de notre affection, qui pensait avec nos pensées, qui, dans l'âge où toutes les impressions se gravent éternellement au cœur, reçut de nous... de vous , Georges... toutes ses idées !... qui apprit de vous à s'irriter contre l'injustice , à s'armer contre la puissance !

GEORGES

Arrêtez !. . . grand Dieu ! . . .

MÉLOÉ

Savez-vous où il est le pauvre enfant devenu homme ?... Hélas! je dois m'accuser la première !... Quand la fortune vint à vous, Georges, il me fallut partir, moi, pauvre fille qui ne pouvais plus rester, car j'aurais vu la misère, le malheur et l'abandon de ma triste retraite le jour où votre amitié n'aurait plus été là pour me les cacher!... Je me réfugiai sur une terre étrangère, où j'espérais trou ver l'oubli !... Jules, dont le cœur s'était près de nous ouvert à la tendresse, chercha le bonheur et l'affection avec une jeune fille dont il unit le sort au sien. Marié à vingt ans , sans fortune, sans état, il ne put être malheureux sans se rappeler les idées, les espérances et les projets où vous l'aviez jadis mis de moitié... Il leur dévoua son courage, sa force, sa vie de jeune homme. . . et maintenant, maintenant, Georges, savez-vous où l'ont conduit ces idées, ces projets et ces espérances?... sur le banc des accusés, devant vous qui êtes son juge!

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