LE MARQUIS DE STAINVILLE, LA COMTESSE DE SURGIS
LUSSAN, MADEMOISELLE DE LUSSAN
(Le marquis, la comtesse, et mademoiselle de Lussan entrent par la porte à droite de l'acteur.)
madame de surgis, vivement à Lussan.
Quoi !... le chevalier n'est pas ici !...
MADEMOISELLE DE LUSSAN, OVeC Colère.
Grand Dieu !...
le marquis, souriant.
Il sera allé au-devant de la présidente.
LUSSAN
Que dites-vous ?
MADEMOISELLE DE LUSSAN
Je parie, mon frère, que vous savez tout ! vous êtes le confident du chevalier.
MADAME DE SURGIS
Ah ! j'espère que M. de Lussan ne se prêterait pas à une pareille inconvenance !
LUSSAN
Une inconvenance ?...
MADEMOISELLE DE LUSSAN
Ne faites pas l'étonné, mon frère!... La plaisanterie du chevalier est connue.
MADAME DE SURGIS
Nous savons tous ses projets.
lussan, à part.
C'était bien la peine de tant me recommander le secret \...(Haut,) Mais comment? qui vous a dit ?...
MADAME DE SURGIS
Une de mes femmes a tout appris du valet de chambre du chevalier, Mais où est-il lui?... comment empêcher cette folie?...
MADEMOISELLE DE LUSSAN, à part.
Je n'ose pas dire que je viens de lui écrire pour le supplier d'y renoncer.
MADAME DE SURGIS
Et devinez-vous, monsieur de Lussan, quelle femme il a choisie pour jouer le rôle de ma grand' tante ?... Une soubrette de la Comédie Italienne.
MADEMOISELLE DE LUSSAN
Qu'on dit charmante ! ... Oh ! c'est affreux,
LUSSAN
Il s'ennuyait... beaucoup depuis qu'on était un peu raisonnable...
MADAME DE SURGIS
Est-ce ma faute?... J'apprends que ma tante est à Paris et veut me surprendre en arrivant ici à l'improviste : eh bien , savez-vous ce que c'est que ma tante?... Une grave et sévère personne, élevée en province, mariée il y a vingt ans à mon grand-oncle , qui en avait cinquante et qui était premier président au parlement de Dijon. Veuve depuis deux années, des affairés l'ont conduite en Allemagne, et elle aura ajouté à l'austérité des habitudes parlementaires la froide dignité germanique : qu'aurait-elle pensé en nous trouvant occupés de mille amusements frivoles!
MADEMOISELLE DE LUSSAN
Elle n'a point, d'enfants, est immensément riche, et vous êtes son unique héritière.
MADAME DE SURGIS
Lui plaire, m'en faire aimer , moi qu'elle n'a jamais vue , c'est mon devoir et mon désir. J'ai donc voulu qu'elle fût reçue chez moi avec tous les honneurs et tous les égards que son âge , son caractère et ses habitudes commandent, et cette espièglerie du chevalier
A été connue assez à temps pour empêcher que votre erreur ne prête à rire à la société et ne dérange la réception de votre tante. Je vous conseille donc, mesdames, de rentrer chacune dans votre appartement dès qu'on apercevra le carrosse de cette femme. Vos gens sont prévenus, la fausse présidente ne trouvera personne sur son chemin, et une fois qu'elle sera entrée ici, je me charge de la congédier. Fiez-vous à moi !
MADEMOISELLE DE LUSSAN
Si... vous cherchiez à lui plaire ?...
le marquis, souriant malignement.
Ah! vous croyez que je devrais lui faire la cour, peut-être?
MADEMOISELLE DE LUSSAN
Rien que pour plaisanter.
LE MARQUIS, SOUViant.
Et pour empêcher qu'un autre la lui fasse ?
MADEMOISELLE DE LUSSAN
Mais...
LE MARQUIS
Mon Dieu ! si cela peut rendre service à quelqu'un et qu'elle soit jolie moi je ne demande pas mieux.
madame de surgis, un peu mécontente.
Ah ! vous, monsieur, qui depuis quinze jours que vous êtes ici,