SCENE II
semblez si insouciant, si dédaigneux vous prendriez cette
peine?...
Dédaigneux?... Ici?... Oh, non!... mais, je l'avoue, le monde et ses frivoles amusements ne m'inspirent plus qu'ennuis et dégoût, et je cherche un intérêt qui puisse redonner du charme à mes journées et du courage à mon cœur. Je savais , madame , que votre château était le rendez-vous de tous ceux qui placent la gaieté et la liberté bien avant les plaisirs de vanité et d'ostentation ; que chez vous on s'amusait sans prétention et sans soucis ; que vous étiez bonne, indulgente et naturelle... Je suis venu, j'ai vu... je ne dirai pas comme César, mais enfin vous êtes veuve... il est vrai que vous n'avez pas vingt ans et que j'en ai plus de trente.... Quoi qu'il en soit, ma famille me presse de me marier, et vous ne me défendez pas d'espérer.
lussah , bas à sa sœur.
• Je ne me trompais pas, il l'aime et je la perds, elle dont les promesses...
(Madame de Surgis jette un regard sur Lussan )
mademoiselle de lussan, bas à son frère. Oui î... croyez aux promesses d'amour. Ah ! mon frère, je suis bien malheureuse aussi.
le marquis, à madame de Surgis.
Dans ce moment, si je veux voir cette femme, c'est uniquement pour vous rendre service et vous venger. Permettez-moi de regarder déjà ce devoir comme mon droit.
ux domestique, entrant par le fond.
Un carrosse entre dans l'avenue.
LE MARQUIS
Déjà ! le chevalier n'a pas perdu de temps.
mademoiselle de lussan, à part.
Il n'a tenu aucun compte de ma prière.
LE DOMESTIQUE
Le carrosse arrive au galop des chevaux.
LE MARQUIS
Il est clair que ce n'est pas votre tante ; les chevaux du parlement ne vont qu'au pas.
MADEMOISELLE DE LUSSAX , à part.
Si je pouvais l'apercevoir avant de rentrer dans ma chambre !
MADAME DE SURGIS
Retirons-nous jusqu'à ce que vous ayez éloigné cette femme.
le marquis , lui offrant la main.
Permettez...
(Le domestique est sorti; madame de Surgis, le marquis et mademoiselle de Lussan sortent par la porte à droite.) lussan, les regardant s'éloigner.
Oui, je dois perdre tout espoir et chasser de mon cœur ce cruel souvenir. Je partirai, je quitterai le château dès aujourd'hui, et je chercherai loin d'ici les plaisirs et les distractions. Mais tâchons de voir cette actrice qui a consenti à jouer un pareil rôle. [Il va à la porte du fond.) Eh! vraiment c'est une jeune et jolie femme. Comment n'a-t-elle pas seulement les habits de son caractère ? Elle approche... allons, il faut qu'elle fasse une entrée aussi solitaire dans le salon que dans l'antichambre.
(Il sort par la porte à gauche.)