‹ Théâtre de Mme. AncelotChapitre 328 sur 350 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

permettaient pas. Depuis deux ans que je suis veuve et libre, d'importantes affaires m'ont conduite en Allemagne : une année passée à Vienne m'a fait voir la société ; ses usages ne me sont pas tout-à-fait étrangers, car le grand monde est, dit-on, le même dans toutes les grandes villes. Mais c'est Paris surtout que je brûle de connaître! où il me semble que je vais commencer à vivre! Paris que je n'ai fait qu'entrevoir ; car il faut le quitter bien vite si l'on ne veut pas s'y oublier. Il me tardait de voir ma nièce, de chercher près d'elle les douces et intimes affections de famille que j'ai toujours désirées. Oui , mon isolement m'attriste. Ma liberté , ma richesse sont de grands biens sans doute ! mais le plaisir de les avoir ne vaut peut-être pas le bonheur de les donner. Aussi j'étais empressée d'arriver ; et, grâces aux informations que j'ai prises, je sais qui je vais rencontrer dans ce château. C'est d'abord le brillant marquis de Stainville , dont la conquête tente la vanité de ma nièce... qui lui sacrifie l'amour sincère de M. de Lussan; puis le cousin de madame de Surgis, un étourdi de chevalier dont on m'a raconté mille extravagances, et enfin cette bonne petite Marguerite de Lussan, qui, dit-on, ne le voit pas avec indifférence. N'oublions pas ces renseignements. Avec eux je ne serai pas dépaysée au milieu des gens qui habitent ici, et je tâcherai de ne pas trop prêter à rire aux dépens de la provinciale. Mais on tarde bien... en entrant, j'ai envoyé un de mes gens avertir ma nièce... Ah! le voici...

Page 1