REVOLUTION
En ces jours de troubles, il était compréhensible que les hommes ne pensassent guère à aller voir d'autres spectacles que celui de la Rue. La Rue, ce torrent impétueux dont chaque homme est un flot. La Rue, cette formidable artère du monstrueux Paris. La Rue, cette coulée de flammes qui brûle les trônes. La Rue, cette voix tonitruante qui fait crouler les murailles féodales. La Rue, cette framée redoutable qui abat les Rois, comme celle du Sicambre Clovis abattit le soldat qui avait brisé le vase de Soissons. La Rue, ce rire de pître,dont les éclats anéantissent les dynasties, dont les chants déracinent les pavés pour en faire de formidables barricades. La Rue, cette foudre de la terre !...
La Rue était plus intéressante pour les hommes, les femmes, les enfants, que la fiction théâtrale, si bien agrémentée qu'elle fût, aussi amusante et récréative qu'elle pût être.
Aussi, les Théâtres avaient-ils tous fermé leurs portes ; et leurs Comédiens s'étaient-ils mêlés aux acteurs du drame terrible qui se déroulait dans la rue.
Chardiny, de l'Opéra, avait été nommé sergent-major de sa compagnie.
Rochefortj aide pour la mesure dans le même théâtre, était sergent.
Vénier^ des Beaujolais, était également sergent.
Dugazon^ du Théâtre de la Nation, était capitaine.
Naudet, du même Théâtre, avait été fait lieutenant en premier.
Toutes ces nominations étaient faites à l'élection. La compagnie votait pour tel ou tel. Egalité parfaite. Commencement de Fraternité. Eclosion de la Liberté.
Les 12, 13 et 14 Juillet, les affiches annonçant les spectacles du soir, avaient été comme de coutume, apposées à la porte des spectacles. Les Comédiens et leurs Directeurs étaient loin de se douter de l'effroyable cataclysme qui allait se déchaîner en bouleversant le monde.
— L'effervescence sera calmée ce soir, pensaient-ils ; affichons toujours.
Et ils affichaient les pièces en cours de représentation.
Quand arrivait l'heure d'ouvrir les portes, ils voyaient qu'au Heu de se calmer, la fureur populaire allait grandissant; jusqu'à ce qu'enfin le 14 juillet, elle éclata terrible, foudroyante.
Cette date mémorable dans l'Histoire de France, de Paris, de la Civilisation, de la Littérature, de l'Egahté universelle et de la Liberté des Peuples, passionna tous les esprits ; on sentait que c'était de l'Histoire que l'on faisait et non de la Politique.
Je laisse à mes lecteurs le spin de lire dans les grands historiens, les mémorables événements qui se passèrent pendant les quelques jours succédant à la Prise de la Bastille ; jours pendant lesquels le Théâtre de MONSIEUR, comme tous les spectacles de la Capitale, demeura fermé, les spectateurs étant occupés à démolir un monde et se préparant à en reconstruire un autre.
Le 15 Juillet, le ROI se présentait à l'Assemblée Nationale, siégeant à Versailles ; seulement accompagné de ses deux frères, MONSIEUR et Mgr LE COMTE D'ARTOIS, sans aucun appareil mihtaire, et disait aux représentants de la France :
« Comptant sur l'amour et la fidéhté de mes sujets, j'ai donné ordre aux Troupes de s'éloigner de Paris et de Versailles. Je vous autorise et vous invite même à faire connaître mes dispositions à la Capitale. »
Première concession de la Royauté à la volonté du Peuple.
Le Marquis de La Fayette, à la tête d'une députation de quatre-vingts représentants, partit en carrosses pour Paris, et alla porter la bonne nouvelle au Comité permanent qui siégeait à l'Hôtel de Ville.
L'impression de joie que causa la nouvelle, fut immense. On cria très fort et très longuement : Vive la Nation ! Vive le Roi !..
On proclama La Fayette commandant général de la Milice Parisienne. Le jeune Marquis — il n'avait alors que trentedeux ans — voulut répondre ; mais les acclamations et les cris enthousiastes étaient tels, qu'il ne put se faire entendre. Alors, il tira son épée et la baisa en signe de remerciements.
L'ovation qu'on lui fit fut indescriptible.
Bailly, qui était président de la Constituante, fut, par un vote touchant d'unanimité, proclamé Prévôt des Marchands et Maire de la ville de Paris.
Seconde victoire du Peuple sur la Royauté.
Le 17 Juillet, trois jours après la prise de la Bastille, le Roi vint à Paris. Entré à trois heures, il traversa sa « bonne ville », sans gardes, entouré seulement de la plus grande partie des Députés des trois ordres, entre deux haies de Mihce bourgeoise, dont faisaient partie les Comédiens Dugazon, Naudet et Saint-Prix de la Comédie Française, ainsi que le raconte Fleury, dans ses intéressants Mémoires. Le Roi était acclamé par tous ; car ce n'était pas par haine de lui que se faisait cette révolution. Louis XVI était aimé du Peuple, qui le jugeait bon, compatissant et juste. Cette révolution s'accomplissait en haine de Ministres aveugles et entêtés, de conseillers sinistres et mauvais, qui devinrent les premières victimes de leur stupide ignorance et de leur orgueilleuse persuasion en leur supériorité, tant ils proclamaient leur incontestable infailHbilité contre cette masse vulgaire et braillarde, qu'ils qualifiaient de canaille stupide, de populace abrutie et traitaient en bétail servile et enjouqué.
Aux portes de Paris^ Sa Majesté avait été reçue par M. Bailly, déférant et digne, entouré du Corps Municipal.
M. Bailly avait dit au Roi, en lui présentant les clefs de la Ville :
« Sire,
« J'apporte à Votre Majesté les clefs de la ville de Paris. Ce sont les mêmes qui ont été présentées à Henri IV. Il avait reconquis son peuple ; ici, c'est le Peuple qui a reconquis son Roi. »
Sous Henri IV, Paris avait de fortes murailles, qui lui permettaient d'avoir des portes, « se fermant par d'énormes serrures que l'on ouvrait à l'aide de clefs. »
Sous Louis XVI, Paris n'avait plus de murailles, partant plus de portes, conséquemment plus de clefs.
Les clefs, que le Corps Municipal présentait à son Roi, semblaient être une mystification, à laquelle Louis XVI eut pu répondre :
(( Monsieur Bailly,
« Les véritables clefs qui m'ouvrent la ville de Paris sont les bataillons de soldats et les gros canons que j'ai prudemment éloignés et qui eussent pu forcer les serrures de vos portes qui n'existent pas. Celles-ci, présentées à mon aïeul, le Grand Henri, avaient une raison d'être ; elles ouvraient quelque chose ; celles-là ont le tort d'arriver trop tard. »
Mais le bon Roi était loin d'être narquois ; la situation d'ailleurs ne le permettait pas ; il se contenta de tendre la main à M. Bailly qui respectueusement s'inclina sous la pression royale.
Le 18 Juillet, par ordre du Comité permanent, on afficha partout :
« La circulation est rétabHe dans l'intérieur de Paris et sur toutes les routes, de manière que toutes voitures bourgeoises, publiques et de places, ne doivent être arrêtées par aucune patrouille. »
« Les voitures, de quelque espèce qu'elles soient, n'auront d'autre contrainte dans l'intérieur de Paris que d'aller au pas ou au petit trot. )>
« Les Spectacles seront ouverts et les promenades publiques fréquentées comme à l'ordinaire ».
Quelques heures de nuit avant la proclamation ou plutôt l'affichage de ces volontés édilitaires, un jeune homme avait été arrêté rue Sainte-Claude, sortant subrepticement d'une maison et regardant prudemment au dehors s'il n'était point aperçu.
Une patrouille qui se dissimulait dans l'ombre — on n'éclairait pas les rues — s'était élancée sur le jeune homme, l'avait happé, et malgré sa résistance l'entraînait vers le poste de la rue des Gravilliers, d'où elle était partie.
Le chef de poste interrogea le jeune homme :
Il avait vingt-six ans, il appartenait à la troupe de la Comédie Française, il se nommait Talma.
On lui demanda des papiers qui pussent constater son identité. Il n'en avait aucun.
— D'où sortait-il ? De chez qui venait-il ?... Il ne répondit pas.
Le jour étant venu, on envoya demander quelqu'un de la Comédie Française. Ce fut Diigazon qui accourut. Il déclara brutalement : « Ce jeune homme se nomme bien Talma. Il est mon élève en tragédie. S'il ne veut pas vous dire d'où il vient, c'est qu'une dame lui avait fraternellement ou pas fraternellement accordé l'hospitahté. Ça ne vous regarde pas. Au nom de la Liberté, je vous enjoins de relâcher ce jeune homme. »
Dugazon était en uniforme de capitaine ; Talma avait été relâché.
Dugazon avait dit vrai. Le jeune tragédien sortait de chez une femme ; et cette femme était Mlle Desgarcins. On le sut par Mlle Desgarcins elle-même, qui, le surlendemain, ayant une scène terrible de jalousie — scène qui entraîna la rupture avec son amant et professeur Mole, — alors âgé de cinquantequatre ans, lui jeta au nez en plein foyer de théâtre : « Eh bien, oui !. Talma sortait de chez moi !.. Et puis voilà ! ))
(Gazette Cuirassée),
C'est le mardi 21 Juillet, seulement, que les Théâtres rouvrirent leurs portes.
Dans une assemblée des Directeurs et des Comédiens, il fut
décidé que les recettes de tous les spectacles de ce jour seraient remises entre les mains du Maire de la Ville de Paris, pour être employées à distribuer aux pauvres ayant le plus souffert dans les « circonstances actuelles ».
Le Théâtre de MONSIEUR donna, pour cette réouverture, la douzième représentation du Nouveau Don Quichotte, précédée de la troisième du Procès.
Le S^ Saint-Preux, avant qu'on ne commençât le spectacle, s'était avancé vers le public et avait prononcé l'allocution suivante :
« Messieurs et Dames ».
« Les Comédiens et les Chanteurs du Théâtre de MONSIEUR sont heureux de faire savoir au pubhc, qui les honore de sa présence, que la recette de ce soir est consacrée aux Pauvres de Paris, et que tous, Comédiens et Chanteurs, s'empressent d'abandonner leurs appointements de ce jour pour les verser avec la recette dans la caisse commune de la misère. »
Cette annonce avait été accueilhe par d'immenses et unanimes bravos.
Le 22 Juillet et non le 12, comme le prétendent certains historiographes et biographes, première représentation de : // Barhiere di Siviglia, owers la Précautione inutile (Le Barbier de Séville ou la Précaution inutile, opéra comique en quatre actes, en vers itahens par XXX..., musique PAISIELLO.
En 1790, l'année suivante, cette pièce fut imprimée avec traduction française, en regard des vers italiens. Cette traduction sortait de l'imprimerie Française dite Imprimerie de MONSIEUR. Le format de cette brochure, devenue rare, était un in-8 de quarante-cinq pages doubles.
La musique de Paësiello était alerte, brillante, entraînante, mais, devait demeurer fort inférieure, on doit le dire, à celle de Rossini, dont l'immortelle partition parut quelques années après. Néanmoins cette œuvre contribua au grand succès personnel de l'auteur en vogue.
Quatre années plus tard, en 1793, M. P. L. Mohne écrivit Vin nouveau livret français, sur la même musique de Paë-
siello, et fit représenter sa pièce le 16 Mars de l'année sanglante sur le Théâtre de l'Opéra-Comique National de la rue Favart.
Le Barbier de Séçille, de ROSSINI, ne fut représenté en France, à TOpéra Italien de la place Louvois, que le 23 septembre 1819.
Les créateurs des rôles, dans la pièce de Paësiello, au Théâtre de MONSIEUR, furent : Viganani, Mengozzi, Mandini, Rovedino, Raffanelli, et les signora : Morichelli, Baletti, Zerbini et Mandini.
Le 28 Juillet fut donnée la première représentation d'Eléonore de Gonzagues, comédie en deux actes, en prose.
Cette pièce, qui n'obtint aucun succès, ne fut jouée que deux fois.
Août 1789. — Le 3 Août, première représentation de Vlsle Enchantée^ opéra en trois actes de M. Sedaine de Sarcy ou Sedaine le Jeiine^ musique del signor Bruni.
Les feuilles-juges constatent un succès, après quelques retranchements à faire, dans « la partie accessoire du poème. »
« La musique — disent-elles — malgré quelques inégalités a fait grand plaisir. » Et l'un des critiques ajoute : M. Bruni, qui a du talent, pourrait mieux choisir les ouvrages qu'il met en musique. M. Sedaine de Sarcy écrit mieux que l'autre Sedaine de V Académie, ce qui n'est pas difficile ; mais il entend moins la scène. »
On appelait M. Sedaine de Sarcy : Le Petit Sedaine.
Le 11 ^OM^, début de M\\e Constance, àoiïi^ le Marquis Tulipano.
Mlle Constance, était une adorable créature, qui, de la galanterie, dans laquelle elle avait su se faire très remarquer, passait sur les planches, pour se faire remarquer davantage, très chaleureusement recommandée par plusieurs éminents protecteurs.
Un billet lui fut jeté en scène.
Le Public en réclama la lecture, en criant, sur l'air des Lampions : « Le billet !... Le billet !... »
Le rideau était baissé, et la salle entière continuait encore à réclamer : Le billet.
M. Saint-Preux, passa devant la toile baissée, ramassa le billet et lut au public, le quatrain suivant : « Vous êtes proclamée en France « Une beauté fort en renom, « Que votre tendre cœur. Constance, « N'est-il rempli de votre nom. »
Signé : un passant.
On rit beaucoup.
Le 14 Août^ première représentation de : Le Retour de Camille^ ou Camille dictateur^ pièce héroïque en un acte, en vers, du Chevalier Aude.
Ce fut un succès. Le principal rôle avait été fort bien rendu par M. Crettu.
Le 21 Août^ première représentation de : La Confiance trahie, comédie en un acte, en prose, de M. Marf... des V....
C'était l'imitation d'une pièce anglaise, traduite par Mme Riccohoni, et parue sous le titre : La façon de le fixer.
Un M. de la Chahaussière, avait également traité ce sujet pour le Théâtre Italien, sous le titre : La Confiance dangereuse. Le succès de la nouvelle production resta douteux.
Le 22 Août, première représentation de V Isola disabitata (L'Isle déserte), opéra italien, musique del signor Mengozzi,
Dans cet opéra, débuta Mlle Simonet qui rempHt le rôle de Sylçia.
Cet ouvrage, arrangé musicalement par il signor Mengozzi, était du poète Métastase.
Il fut très favorablement accueilli, et la débutante, Mlle Simonet obtint un très vif succès.
Septembre 1789. — Le 11 Septembre, première représentation de : Les Fourberies de Marine, opéra français en trois actes, paroles de M. Durosoy, musique del signor Piccini.
La pièce fut mal accueilhe. Trop de longueurs. Musique ennuyeuse et « trop sérieuse pour la légèreté du sujet. »
Le 14 Septembre, première représentation délie Nozze di Dorina, opéra italien, musique del signor Sarti.
La signora Galli, débute dans le rôle de Dorina.
Grand succès !.. « La musique, dit un journal, en a paru forte, énergique et variée, réunissant des morceaux gracieux et faciles, à d'autres de la plus grande vigueur.
« La voix de la signora Galli est b.elle, surtout dans le grave. Elle chante d'une manière sûre et avec un art infini. Son jeu annonce aussi une personne très exercée au théâtre. »
Le 15 Septembre^ l'Assemblée des représentants de la Commune de Paris reçoit M. Biiirette^ avocat, qui se présente au nom des Comédiens du Théâtre de MONSIEUR pour faire hommage à la Nation d'une somme de Quinze cents hvres!
L'Assemblée accordQ à cet acte de patriotisme tous les éloges qu'il mérite.
Il signor Viotti disait partout : J'espère que maintenant on ne me traitera plous de pingre !... »
Le 16 Septembre^ première représentation de : Le Comte de Vallron^ pièce mihtaire en trois actes, en prose.
C'était une traduction de l'allemand.
Sur ce même sujet, on avait déjà fait, quelques années avant, une autre pièce intitulée : La Discipline militaire du Nord, qui avait été représentée sans obtenir aucun succès.
Il n'en fut pas de même de cette nouvelle version. Le principal rôle fut rendu par M. Chevalier, qui sut « nuancer habilement le caractère et exprimer la situation du principal personnage. »
Octobre 1789. — Le S Octobre, début de Mlle Julie, dans Pandore.
Mlle Julie obtint beaucoup de succès.
Le 6 Octobre, date mémorable dans l'histoire de Paris, le Roi Louis XVI, désireux de se rendre aux désirs des habitants de « sa bonne v'ile » abandonna son château de Versailles duquel, depuis Louis XIV, les Rois de France avaient fait leur royale résidence, et s'en vint habiter les Tuileries.
Sa Majesté quitta Versailles à midi, accompagnée de la Reine, du Dauphin, de Madame Ehsabeth, de MONSIEUR et de MADAME.
Le cortège traversa les rues de la capitale aux acclamations
d'une foule délirante de joie. L'encombrement était tel que ce ne fut qu'à huit heures et demie du soir que le Roi put arriver à l'Hôtel de Ville.
Leurs Majestés couchèrent aux Tuileries, où l'on avait hâtivement préparé les appartements Royaux.
L'Assemblée Nationale, siégeant à Versailles, décréta dans sa séance du jour, qu'elle se considérait « comme inséparable de son Roi et que désormais, elle tiendrait ses séances à Paris ». Le Théâtre de MONSIEUR, en cette soirée du 6 Octobre, fut contraint de faire relâche, ainsi que le lendemain 7 ; mais le 9 Octobre^ il donna la seconde représentation de V Infante de Zamora^ dont la première avait eu heu le 22 juin précédent.
Dans son numéro du 12 octobre, le Journal de Paris commente ainsi l'ouvrage qu'il avait sévèrement jugé lors de sa première apparition :
(( U Infante de Zamora, qu'on n'avait pas pu juger à la première représentation, d'après la manière dont elle avait été exécutée, a été reprise vendredi 9, avec beaucoup de succès. Une distribution infiniment plus convenable a fait mieux sentir la gaieté de plusieurs scènes et les beautés sublimes de la musique.
« M. Martin^ chargé du rôle de Champagne^ l'a très bien joué et chanté. On lui a fait répéter un duo avec Mme Ponteuil. La belle voix de Mlle Constance a eu l'occasion de se développer dans le rôle d'Olympia. M. V allier e, qui avait eu peu de succès dans le rôle de Monrose^ en a eu infiniment, au contraire, dans celui de Georges^ qu'il a joué et chanté d'une manière très comique. M. Gavaux n'a pas fait moins de plaisir par la manière dont il a chanté le rôle de Monrose. »
« Les morceaux d'ensemble ont été très bien exécutés ; et nous croyons qu'ils le seront mieux encore, à présent que les acteurs sont rassurés par le succès. »
Le 28 Octobre, première représentation de VHomme en loterie, comédie en deux actes, en vers
Voici le compte-rendu de cet Homme en loterie :
« Cette pièce a fait beaucoup rire et a été très applaudie. Elle le mérite par un style facile, spirituel et beaucoup de
gaieté. Il y a des traits fort heureux qui gagneront encore, moyennant quelques retranchements nécessaires. »
Le principal défaut de tous les auteurs de cette époque était de faire leurs pièces trop longues. Ils semblaient douter de Fintelhgence des spectateurs, et pour rendre leur action plus claire, plus hmpide, leurs intentions plus faciles à comprendre, ils se lançaient dans d'interminables exphcations, qui toujours finissaient par lasser le public
Les critiques du temps conseillent donc unanimement aux auteurs « des retranchements nécessaires ». Et lorsque ces retranchements sont opérés, les pièces douteuses d'abo/d, se transforment en succès.
Le 31 Octobre^ première représentation de La Molinarella, opéra italien, musique de Paësiello.
Novembre 1789. — Le 20 Novembre, début de Mlle Cazal, dans le rôle de Julie, du nouveau Don Quichotte, Bon début.
Le 24 Novembre, début de Mlle Sophie, dans le rôle de Juliette, de V Infante de Zamora.
Cette demoiselle Sophie — Dumourier, de son nom de famille — fut celle qui, quatre ans plus tard, parvint à tremper son mouchoir dans le sang de Louis XVI, en se ghssant près de Sanson, le bourreau, dont elle était^ à cette intention, devenue l'amie ; quelques mois plus tard, elle revendit ce mouchoir trente mille livres à un Anglais, grand collectionneur sur la Révolution Française.
Elle voulut recommencer, lors de l'exécution de Marie- Antoinette, mais, malgré son intimité avec Sanson, étant données les précautions prises par l'autorité, elle ne parvint pas à approcher de l'échafaud.
Le 27 Novembre, première représentation de : Le Badinage dangereux, comédie en un acte, en prose.
Un journal dit de cette pièce : « On a mêlé en cette œuvre quelques situations qui amènent plusieurs scènes agréables, qu'on a justement accueiUies ; mais qui auraient pu être mieux cousues et plus développées. »
Le lendemain, 28 Novembre, première représentation de
70 THÉÂTRE DE « MONSIEUK »
// Fanalico Burlato (Le Fanatique burlesque), opéra italien, musique del sigrior Cimarosa.
Le Journal de Paris éerit : « Cette représentation, sans avoir déplu, a produit moins d'effet qu'on aurait dû l'espérer. Peut-être quelques retranchements (toujours) ! obtiendrontils dans la suite à cet ouvrage une justice plus complète. »
Décembre 1789. — Le 12 Décembre^ première représentation de : La Pastorella Nohile (La Bergère de Qualité), opéra italien del signor Gugliemi.
Cette œuvre obtint un très gros succès. La musique était toute de mélodie et de charme ; de plus, elle était fort bien chantée, par Mme Mandini et Mlle Simone: ; MM. Roi^edino, Mengozzi et Mandini
Le 20 Décembre^ l'affiche porta en exergue, une note ainsi conçue : « Ce soir, la demoiselle Parisot^ âgée de quatorze ans, qui n'a jamais paru sur aucun théâtre, débutera par le rôle de Juliette, dans VInfante de Zamora ». Mlle Parisot remporta un succès complet. Mlle Eugénie Parisot était la fille d'un ciseleur. Elle avait une fort joHe voix. Son père disait d'elle : « Ma fille a été élevée entre une fauvette et un pinson, mais, c'est un rossignol qui lui a appris à chanter. »
Cependant, le Roi, la Reine et toute la famille Royale, habitant les Tuileries, il parut peu convenable, qu'à quelques pas de Leurs Majestés, sous le même toit, dans le même local, demeurassent des Comédiens, fussent-ils les protégés de MONSIEUR, et eussent-ils l'avantage d'être « dircctionnés » par d'aussi importants personnages que l'étaient les très illustres Léonard et Viotti.
Les accords bruyants de l'orchestre arrivaient parfois jusqu'aux oreilles royales ; et Marie-Antoinette, furieuse des concessions de son royal époux, Marie-Antoinette qui avait lutté désespérément contre cette extrême faiblesse du Roi, de venir habiter les Tuileries, fut la première à exiger que le Théâtre de son très obligé Léonard allât porter ailleurs ses pénates.
Le 12 Décembre, M. Guignard de St Priest^ ministre de la Maison du Roi, mit en demeure les « Entrepreneurs du Théâtre de MONSIEUR », d'avoir à cesser leurs représentations dès le 24 Décembre, « le local devenant nécessaire à l'habitation de MESDAMES, tantes du Roi. »
En conséquence, le 22 Décembre, eut lieu la dernière représentation de la Troupe de MONSIEUR, au Théâtre des Tuileries. On jouait les Nozza di Dorina. Entre le deuxième et le troisième actes, M. Saint-Preux, l'orateur de la troupe, vint annoncer « qu'à partir de ce jourd'hui, les représentations demeureraient interrompues en ce Théâtre, et qu'elles continueraient, dans quelques jours leur cours habituel, aussitôt que la Direction aurait trouvé, dans les entours, une salle digne de recevoir le Pubhc, qui avait jusqu'à présent honoré de sa présence et encouragé si gracieusement de ses suffrages, les Chanteurs et Comédiens présentés par MM. Léonard et Viotti. »
M. Saint-Preux fut très applaudi.
Le lendemain, 23 Décembre, les affiches collées sur les murs portaient : « Clôture du Théâtre de MONSIEUR, dans la Salle des Tuileries. »
Et le surlendemain, 24, les journaux annonçaient: Aujourd'hui et demain RELACHE. Le Public sera prévenu par de nouvelles affiches^ du jour et du lieu oà se fera Vouçerture de ce Spectacle.
Mais, trouver ainsi du jour au lendemain une salle confortable, où le chauffage pût être établi de façon à ne pas voir les spectateurs se morfondre et grelotter dans leurs places ; et les acteurs mourir de froid sur la scène ; une salle assez spacieuse pour y transporter une troupe composée de plus de deux cent cinquante personnes, tout un matériel de décors, de machines, de meubles, d'accessoires, de partitions, de manuscrits, n'était pas chose aisée. Aussi l'année 1789 se termina-t-elle, sans que MM. Léonard et Viotti eussent pu trouver à reprendre le cours de leurs représentations, avec
le superbe répertoire dont elles se composaient, le merveilleux orchestre qui les accompagnait, et les excellents chanteurs et comédiens qui représentaient cet incomparable répertoire.