SCÈNE IV
DESGi 1 L I.ETS, seul.
Il entre lentement, une lanterne d’une main, de l’autre uu panier. Il avance, pendant son monologue, une table de toilette, allume deux flambeaux et tire de son panier un maigre souper et une bouteille qu’il placo sur cette table, il avance une chaise et pose son panier par terre, à ses pieds.
Il parait que le bonhomme no va pas mieux. Une lampe qui s’éteint ! telle est la vie ! chose noire et mélancolique entre toutes!... Ces ivrognes de musiciens qui me voulaient
retenir à souper ! Quelques sots 1 C’est bien le moment , quand on tient la fortune chauve par son maigre toupet. Allons, encore une huitaine I c’est tout ce que peut durer le pauvre M. Marielle... et, alors, on changera d’air et de pays.
On laissera maugréer la pauvre madame Desœillets, et l’on s’en donnera, ma foi!... jusqu’aux gardes! Jusque-là, point de bruit, point de fuite, et surtout... point de cabaret! Res- ✓ tons portier le jour, et gardien de nuit au théâtre, comme si de rien n’était, et buvons seul. C’est triste! mais boire en compagnie, c’est dangereux... à moins que cet histrion de Florimond ne me vienne assister... Ce n’est point que je haïsse, M. du Mezzetin ! C’est un homme qui boit proprement, gravement, silencieusement ; jamais de questions, il ne s’intéresse qu’à ses chiens... Mauvais cœur, après tout, dépourvu de sensibililé, mais d’une société sûre ; toujours ivre le premier, et muet comme souche après boire... Aïe! j’ai mal à la tête. Il n’est rien de malsain comme d’ètre arrêté par la prudence après la première pinte. Ah! il se faut donner du mal comme un chien pour soutenir une pauvre famille ! Mais nul ne dira que Desœillets ne soit pas bon époux et bon père, après ce que j’ai risqué, imaginé, mené à bien pour enrichir ces marmots-là. Ah ! les petits singes ! (il rît silencieusement.) Et la réputation d’honnête homme? Hériter à la foi de bonne renommée et de ceinture dorée!... Qui vient là? Ali ! c’est le Florimond !