‹ Théâtre de NohantChapitre 53 sur 208 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

CARION, CHRÉMYLE, PLUTUS, endormi.

CHRÉMYLE, agité et charmé, couvant Plutus dos yeux.

Cette fois, tu ne diras pas que je suis dupe ! N’ai-je pas compris tout de suite qu’il s’agissait de Plutus en personne ?

Il me semblait, mon maître, que j’y avais songé avant vous?

CHRÉMYLE

Tu déraisonnes. J’y ai pensé le premier, j’y ai pensé tout seul !

CARION

Pourtant...

CHRÉMYLE

Silence ! Le voilà, je crois, qui s’éveille ! (plutus bâille et se soulève un peu.)

CARION

Attendez ! Je veux lui demander s’il est tout de bon celui que vous croyez ; car, entre nous soit dit, il n’en a pas la mine.

CHRÉMYLE

Ne vois-tu pas les rayons d’or qui sortent de sa tète ?

CARION

Je ne vois pas plus de rayons à sa tête qu’à la vôtre.

CHRÉMYLE

Gouverne ta langue, sot que tu es, et parle lui honnêtement.

CARION

Soyez tranquille, vous allez voir ! (a Plutus.) Or çà, vieux chassieux, comment vous appelle-t-on ?

PLUTUS, lourdement.

Hein ?

Bon ! il est sourd ! (Lui criant dans l’oreille.) Comment vous appel le-t-on ?

toc

PLUTUS

Imbécile !

CARION

Vous vous appelez imbécile ?

PLUTUS

Non, c’est toi.

CARION

Merci ! Et vous ?

PLUTUS

Plutus.

CHRÉMYLE, à Carion.

Ah ! tu vois bien ! (a Plutus, criant.) Et c’est le divin Apolldfl qui vous a enseigné le chemin de ma demeure ? Répondez, ie vous prie !

PLUTUS, se bouchant les oreilles.

Vous m’ennuyez.

II a le réveil maussade.

PLUTUS

Où est Mercure ? Appelez Mercure pour qu’il mè reriiihèné.

CHRÉMYLE, effrayé.

Vous voulez nous quitter ?

PLUTUS

Tout de suite.

CüRÉMYLE.

Vous ne vous plaisez pas ici ?

PLUTUS

Où suis-je ? à la campagne ? Je n’aime pas la campagne. Je veux m en aller ! (Criant.) Mercure !...

CHRÉMYLE

Mais n êtes-vous pas ici par 1 ordre de Jupiter?

PLUTUS

Je me moque bien de Jupiter !

CHRÉMYLE

Mais Apollon..,

LE DIEU PLUTUS

PLUTUS

Votre Apollon radote !

CHRÉMYLE

Vous blasphémez?

PLUTUS

Cela ne vous regarde pas.

CHRÉMYLE

Fi 1 voilà un dieu impie et bien mal-apprisï

CARION

C’est le dieu Trésor, je le reconnais à cette heure 1

CHRÉMYLE

A quoi le reconnais-tu ?

CARION

A sa stupidité. Qu’y a-t-il, je vous le demande, de plus lourd, de plus sourd, de plus grossier, de plus ingrat, de plus insensible que l’or et l’argent? Cela vient-il au-devant de nos désirs? Cela court-il après les malheureux? Cela a moins de raisonnement que le bœuf qui laboure ! Croyez-moi, mon maître, attachez-moi ce dieu-ci avec de bonnes cordes et frappez-le de verges jusqu’à ce qu’il vous obéisse ; après quoi, vous le laisserez aller et devenir ce qu’il pourra.

CHRÉMYLE

Non ; je crains la colere des dieux qui me l’ont donné pour hôte.

Alors confiez-le-moi, et je vous réponds de lui ! Vous voyez bien qu’il est aveugle. Je le mènerai au bord du précipice, et je le laisserai là, sans bâton, jusqu’à ce qu’il demande grâce.

CHRÉMYLE

C’est une idée, cela ! Va, et ne le maltraite pas trop.

CARION, clignant de l’œil.

Si fait, je veux le battre un peu I

PLUTUS

Voyons, voyons ! ne me tourmentez pas. Je cède

CHRÉMYLE

Vous restez avec nous?

Puisqu’il le faut !

Alors, vive la joie !

PLUTUS

CHRÉMYLE

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