CHRÉMYLE, CARION, PLUTUS, MYRTO
Eli bien , nos amis?...
MYRTO
Bactis s’occupe de les avertir. Plusieurs sont déjà chez nous.
CHRÉMYLE
Courons célébrer la venue d’un hôte si précieux et si rare !
CARION
Permettez, mon maître. C’est agir comme des fous qued’élaler la richesse devant tant de monde ! Prenez garde qu’à la fin du repas, quand vous aurez bu plus que de raison avec vos amis, ceux-ci ne vous enlèvent le dieu Trésor.
CHRÉMYLE, à Plulus.
Quoi ! tu te laisserais enlever ?
PLUTUS
Que veux-tu ! je ne suis pas le dieu Mars ; je crains les coups, et j’appartiens à qui me fait violence.
CHRÉMYLE
Alors, je vais te lier bras et jambes ?
CARION
Quand vous serez ivre, vous le délierez vous-môrae
CHRÉMYLE
Alors... écoutez. Je ne suis ni jaloux ni avare, et je consens à voir devenir riches les gens de bien qui le méritent. Si Plutus n’était pas aveugle, il ne ferait pas tant d’injustices, et il connaîtrait scs vrais amis. Conduisons-le au temple d’Esculape, et demandons à ce dieu de rendre la vue à un confrère. Nous laisserons Tlutus toute la nuit dans le tempio avec les
LE DIEU PLUTUS
cérémonies d’usage, et nous l’irons chercher au point du jour. S’il voit clair, il connaîtra bien que nous sommes des gens sages, économes et justes. Il ne voudra plus retourner dans les villes, et le bonheur habitera chez nous comme au temps où nos pères relevaient leurs cheveux avec la cigale d’or. J’ai
dit. (Bactis cotre.)
MYRTO
Et vous avez bien dit, mon père. Il est peut-être autour de nous des gens vertueux (regardant Bactis), dans la peine, dans l’esclavage même...
CARION
Moi, par exemple !
MYRTO
Plutus, clairvoyant, reconnaîtra les bons.
CHRÉMYLE
Oui, oui, Plutus, debout ! Marchons au temple I
PLUTUS
Mais je ne veux pas, moi !
CHRÉMYLE
Vous ne voulez pas recouvrer la vue ?
PLUTUS
J’aime autant rester comme je suis.
CARION
Pourquoi, vieux fou ?
PLUTUS
Parce que, depuis tant de siècles que je suis aveugle, je n’ai jamais rencontré d’honnêtes gens.
CARION
Cela n’est pas étonnant. Nous autres, qui voyons clair, nous n’en rencontrons pas davantage !
CHRÉMYLE
C’est assez discourir. Je ne veux pas renoncer à mon destin. Marchez, Plutus, ou nous vous porterons.
THEATRE DE NOHAl.'f