‹ Théâtre de NohantChapitre 54 sur 208 · CHRÉMYLE, CARION, PLUTUS, MYRTO · texte numérisé non relu

CHRÉMYLE, CARION, PLUTUS, MYRTO

Eli bien , nos amis?...

MYRTO

Bactis s’occupe de les avertir. Plusieurs sont déjà chez nous.

CHRÉMYLE

Courons célébrer la venue d’un hôte si précieux et si rare !

CARION

Permettez, mon maître. C’est agir comme des fous qued’élaler la richesse devant tant de monde ! Prenez garde qu’à la fin du repas, quand vous aurez bu plus que de raison avec vos amis, ceux-ci ne vous enlèvent le dieu Trésor.

CHRÉMYLE, à Plulus.

Quoi ! tu te laisserais enlever ?

PLUTUS

Que veux-tu ! je ne suis pas le dieu Mars ; je crains les coups, et j’appartiens à qui me fait violence.

CHRÉMYLE

Alors, je vais te lier bras et jambes ?

CARION

Quand vous serez ivre, vous le délierez vous-môrae

CHRÉMYLE

Alors... écoutez. Je ne suis ni jaloux ni avare, et je consens à voir devenir riches les gens de bien qui le méritent. Si Plutus n’était pas aveugle, il ne ferait pas tant d’injustices, et il connaîtrait scs vrais amis. Conduisons-le au temple d’Esculape, et demandons à ce dieu de rendre la vue à un confrère. Nous laisserons Tlutus toute la nuit dans le tempio avec les

LE DIEU PLUTUS

cérémonies d’usage, et nous l’irons chercher au point du jour. S’il voit clair, il connaîtra bien que nous sommes des gens sages, économes et justes. Il ne voudra plus retourner dans les villes, et le bonheur habitera chez nous comme au temps où nos pères relevaient leurs cheveux avec la cigale d’or. J’ai

dit. (Bactis cotre.)

MYRTO

Et vous avez bien dit, mon père. Il est peut-être autour de nous des gens vertueux (regardant Bactis), dans la peine, dans l’esclavage même...

CARION

Moi, par exemple !

MYRTO

Plutus, clairvoyant, reconnaîtra les bons.

CHRÉMYLE

Oui, oui, Plutus, debout ! Marchons au temple I

PLUTUS

Mais je ne veux pas, moi !

CHRÉMYLE

Vous ne voulez pas recouvrer la vue ?

PLUTUS

J’aime autant rester comme je suis.

CARION

Pourquoi, vieux fou ?

PLUTUS

Parce que, depuis tant de siècles que je suis aveugle, je n’ai jamais rencontré d’honnêtes gens.

CARION

Cela n’est pas étonnant. Nous autres, qui voyons clair, nous n’en rencontrons pas davantage !

CHRÉMYLE

C’est assez discourir. Je ne veux pas renoncer à mon destin. Marchez, Plutus, ou nous vous porterons.

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