ACTE III, SCENE III
ANTOINE
Ouy, Seigneur, je l'ay veuë, elle eft incomparable, Le Ciel n'a point encor par de fi doux accords Uny tant de vertus aux grâces d'un beau corps, Une majesté douce épand fur fon vifage Dequoy s'afTujettir le plus noble courage, Ses yeux fçavent ravir, fon discours fçait charmer, Et fi j'étois Céfar, je la voudrois aimer.
CESAR
Comme a-t'elle reçeu les offres de ma flamer
ANTOINE
Comme n'ofant la croire, & la croyant dans l'ame, Par un refus modeste & fait pour inviter, Elle s'en dit indigne, & la croit mériter.
CESAR
En pourray-je eftre aimé?
ANTOINE
Douter qu'elle vous aime, Elle qui de vous feul attend fon Diadème, Qui n'espère qu'en vous ! Douter de fes ardeurs, Vous qui pouvez la mettre au faifte des grandeurs ! Que voftre amour fans crainte à fon amour prétende, Au vainqueur de Pompée il faut que tout fe rende, Et vous l'éprouverez. Elle craint toutefois L'ordinaire mépris que Rome fait des Rois, Et fur tout elle craint l'amour de Calphurnie :
Mais l'une & l'autre crainte à voftre aspeét bannie,
Vous ferez fuccéder un espoir affez doux,
Lors que vous daignerez luy dire un mot pour vous.
CESAR
Allons donc l'affermir de ces frivoles craintes, Luy montrer de mon cœur les fenfibles atteintes, Allons, ne tardons plus.
ANTOINE
Avant que de la voir Sçachez que Cornélie eft en voftre pouvoir, Septime vous l'amène orgueilleux de fon crime, Et penfe auprès de vous fe mettre en haute estime. Dès qu'ils ont abordé, vos Chefs par vous instruits Sans leur rien témoigner les ont icy conduits.
CESAR
Qu'elle entre. Ah, l'importune & fafcheufe Nouvelle ! Qu'à mon impatience elle femble cruelle! O Ciel! & ne pourray-je enfin à mon amour Donner en liberté ce qui reste du jour?