‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 30 sur 277 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Allez, Septime, allez vers voftre maiftre, Céfar ne peut fouffrir la prefence d'un traiftre, D'un Romain lafche aflez pour fervir fous un Roy, Après avoir fervy fous Pompée, & fous moy.

Septime rentre.

CORNELIE.

Çéfar, car le Destin que dans tes fers je brave Me fait ta prifonniére, & non pas ton esclave, Et tu ne pretens pas qu'il m'abate le cœur Jusqu'à te rendre hommage & te nommer Seigneur. De quelque rude trait qu'il m'ofe avoir frapée, Vefve du jeune Crade & vefve de Pompée, Fille de Scipion, & pour dire encor plus, Romaine, mon courage eft encor au deflus, Et de tous les aiïauts que fa rigueur me livre, Rien ne me fait rougir que la honte de vivre. J'ay veu mourir Pompée, & ne l'ay pas fuivy, Et bien que le moyen m'en aye été ravy, Qu'une pitié cruelle à mes douleurs profondes M'aye ofté le fecours, & du fer, & des ondes, Je doy rougir pourtant après un tel malheur De n'avoir pu mourir d'un excès de douleur. Ma mort étoit ma gloire, & le Destin m'en prive Pour croiftre mes malheurs, & me voir ta captive. Je doy bien toutefois rendre grâces aux Dieux De ce qu'en arrivant je te trouve en ces lieux, Que Céfar y commande, & non pas Ptolomée. Hélas! & fous quel astre, ô Ciel, m'as-tu formée, Si je leur doy des vœux de ce qu'ils ont permis

due je rencontre icy mes plus grands ennemis,

Et tombe entre leurs mains plûtoft qu'aux mains d'un Prince

Qui doit à mon époux fon trofne & fa Province?

Céfar, de ta vidoire écoute moins le bruit, Elle n'eft que l'effet du malheur qui me fuit. Je l'ay porté pour dot chez Pompée & chez Craffe, Deux fois du Monde entier j'ay caufé la disgrâce, Deux fois de mon Hymen le nœud mal afforty A chaffé tous les Dieux du plus juste party. Heureufe en mes malheurs, fi ce triste Hyménée, Pour le bonheur de Rome à Céfar m'euft donnée, Et fi j'euffe avec moy porté dans ta maifon D'un astre envenimé l'invincible poifon, Car enfin n'atten pas que j'abaiffe ma haine, Je te l'ay déjà dit, Céfar, je fuis Romaine, Et quoy que ta captive un cœur comme le mien De peur de s'oublier ne te demande rien. Ordonne, & fans vouloir qu'il tremble ou s'humilie, Souvien-toy feulement que je fuis Cornélie.

O d'un illustre époux noble & digne moitié, Dont le courage étonne, & le fort fait pitié ! Certes vos fentimens font affez reconnoiftre Qui vous donna la main & qui vous donna l'eftre, Et l'on juge aifément au cœur que vous portez Où vous êtes entrée & de qui vous fortez. L'ame du jeune Craffe & celle de Pompée, L'une & l'autre vertu par le malheur trompée, Le fang des Scipions protecteur de nos Dieux, Parlent par voftre bouche, & brillent dans vos yeux.

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