ACTE I, SCENE I. 2Q
S'il le faut toutefois ma main eft toute prefte,
J'obéis avec joye, & je ferois jaloux
Qu'autre bras que le mien portait les premiers coups.
SEPTTME.
Seigneur, je fuis Romain, je connoy l'un & l'autre, Pompée a befoin d'aide, il vient chercher la voftre, Vous pouvez, comme maiftre abfolu de fon fort, Le fervir, le chaffer, le livrer vif, ou mort. Des quatre le premier vous feroit trop funeste, Souffrez donc qu'en deux mots j'examine le reste.
Le chaffer, c'eft vous faire un puiffant ennemy, Sans obliger par là le vainqueur qu'à demy, Puisque c'eft luy laiffer & fur Mer & fur Terre, La fuite d'une longue & difficile guerre, Dont peut eftre tous deux également laffez Se vengeroient fur vous de tous les maux paffez. Le livrer à Céfar n'eft que la mefme chofe; Il luy pardonnera s'il faut qu'il en dispofe, Et s'armant à regret de générofité, D'une fauffe clémence il fera vanité ; Heureux de l'affervir en luy donnant la vie, Et de plaire par là, mefme à Rome affervie, Cependant que forcé d'épargner fon rival, Auffi-bien que Pompée il vous voudra du mal.
Il faut le délivrer du péril & du crime, Affeurer fa puiffance, & fauver fon estime, Et du party contraire en ce grand Chef détruit Prendre fur vous le crime, & luy laiffer le fruit. C'eft là mon fentiment, ce doit eftre le voftre, Par là vous gagnez l'un, & ne craignez plus l'autre,
50 P.OMPEE.
Mais fuivant d'Achillas le confeil hazardeux, Vous n'en gagnez aucun, & les perdez tous deux.
PTOLOKEE,
N'examinons donc plus la justice des caufes, Et cédons au torrent qui roule toutes chofes. Je paiïe au plus de voix, & de mon fentiment Je veux bien avoir part à ce grand changement.
AfTez & trop long-temps l'arrogance de Rome A crû qu'eftre Romain c'eftoit eftre plus qu'homme, Abatons fa fuperbe avec fa liberté, Dans le fang de Pompée éteignons fa fierté, Tranchons l'unique espoir où tant d'orgueil fe fonde, Et donnons un Tyran à ces Tyrans du Monde, Secondons le Destin qui les veut mettre aux fers, Et prétons-luy la main pour venger l'Univers. Rome, tu ferviras, & ces Rois que tu braves, Et que ton infolence ofe traiter d'esclaves, Adoreront Céfar avec moins de douleur, Puisqu'il fera ton maiftre auffi-bien que le leur.
Allez donc, Achillas, allez avec Septime Nous immortalifer par cet illustre crime ; Qu'il plaife au Ciel, ou non, laiflez-m'en le foucy, Je croy qu'il veut fa mort puisqu'il l'amène icy.
ACHILLAS
Seigneur, je croy tout juste alors qu'un Roy l'ordonne.
PTOLOMEE.
Allez, & haftez-vous d'affeurer ma couronne, Et vous reffouvenez que je mets en vos mains Le destin de l'Egypte, & celuy des Romains.