‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 119 sur 254 · HORACE, CAMILLE, PROCULE · texte numérisé non relu

HORACE, CAMILLE, PROCULE

Procule porte en fa main les trois èpées des Curiaces.

HORACE

Ma fœur, voicy le bras qui venge nos deux frères, Le bras qui rompt le cours de nos Destins contraires, Qui nous rend maiftres d'Albe, enfin voicy le bras , Qui feul fait aujourd'huy le fort de deux Etats. Voy ces marques d'honneur, ces témoins de ma gloire, Et ren ce que tu dois à l'heur de ma vi&oire.

CAMILLE

Recevez donc mes pleurs, c'eft ce que je luy dois. m. 33

Rome n'en veut point voir après de tels exploits, Et nos deux frères morts dans le malheur des armes Sont trop payez de fang pour exiger des larmes. Quand la perte eft vengée on n'a plus rien perdu.

CAMILLE

Puisqu'ils font latisfaits par le fang épandu, Je cefferay pour eux de paroiftre affligée, Et j'oublîray leur mort que vous avez vengée. Mais qui me vengera de celle d'un Amant, Pour me faire oublier fa perte en un moment?

HORACE

Que dis-tu, malheureufe?

O mon cher Curiace!

HORACE

O d'une indigne fceur infupportable audace ! D'un ennemy public dont je reviens vainqueur Le nom eft dans ta bouche, & l'amour dans ton coeur 1 Ton ardeur criminelle à la vengeance aspire 1 Ta bouche la demande, & ton cœur la respire ! Suy moins ta paffion, régie mieux tes defirs, Ne me fay plus rougir d'entendre tes foufpirs, Tes flames déformais doivent eftre étouffées, Banny-les de ton ame, & fonge à mes trophées, Qu'ils foient dorefnavant ton unique entretien.

Page 1