ACTE IV, SCENE VII
C'eft à toy d'élever tes fentirnens aux miens, Non à moy de descendre à la honte des tiens. Je t'aime, & je connoy la douleur qui te prefle, Embraffe ma vertu pour vaincre ta foiblefle, Participe à ma gloire au lieu de la fouiller, Tafche à t'en revêtir , non à m'en dépouiller. Es-tu de mon honneur fi mortelle ennemie, Que je te plaife mieux couvert d'une infamie? Sois plus femme que fceur, & te réglant fur moy Fay-toy de mon exemple une immuable loy.
SABINE
Cherche pour t'imiter des âmes plus parfaites.
Je ne t'impute point les pertes que j'ay faites,
J'en ay les fentirnens que je dois en avoir,
Et je m'en prens au Sort plûtoft qu'à ton devoir.
Mais enfin je renonce à la vertu Romaine,
Si pour la pofleder je dois eftre inhumaine,
Et ne puis voir en moy la femme du vainqueur,
Sans y voir des vaincus la déplorable fceur.
Prenons part en public aux victoires publiques, Pleurons danslamaifon nos malheurs domestiques, Et ne regardons point des biens communs à tous, Quand nous voyons des maux qui ne font que pour nous. Pourquoy veux-tu, cruel, agir d'une autre forte? Laiffe en entrant icy tes lauriers à la porte, Méfie tes pleurs aux miens. Quoy? ces lafches discours N'arment point ta vertu contre mes tristes jours ; Mon crime redoublé n'émeut point ta colère? Que Camille eft heureufe ! elle a pu te déplaire, Elle a reçeu de toy ce qu'elle a prétendu,
Et recouvre là bas tout ce qu'elle a perdu.
Cher époux, cher autheur du tourment qui me preffe,
Ecoute la pitié, fi ta colère ceffe,
Exerce l'une ou l'autre après de tels malheurs
A punir ma foibleffe, ou finir mes douleurs.
Je demande la mort pour grâce ou pour fupplice,
Qu'elle foit un effet d'amour, ou de justice,
N'importe, tous fes traits n'auront rien que de doux.
Si je les voy partir de la main d'un époux.
HORACE
Quelle injustice aux Dieux, d'abandonner aux femmes Un empire fi grand fur les plus belles âmes, Et de fe plaire à voir de fi foibles vainqueurs Régner fi puiffamment fur les plus nobles cœurs ! A quel point ma vertu devient-elle réduite I Rien ne la fçauroit plus garantir que la fuite. Adieu, ne me fuy point, ou retiens tes foufpirs.
sabine feule.
O colère, ô pitié, fourdes à mes defirsl Vous négligez mon crime, & ma douleur vous laffe, Et je n'obtiens de vous, ny fupplice, ny grâce. Allons-y par nos pleurs faire encor un effort, Et n'employons après que nous à noftre mort.
Fin du quatrième Aâe.
Ti