‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 125 sur 254 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

TULLE, VALERE, Le vieil HORACE, HORACE, Troupe de Gardes.

Le vieil horace.

Ah, Sire, un tel honneur a trop d'excès pour moy, Ce n'eft point en ce lieu que je doy voir mon Roy, Permettez qu'à genoux...

Non, levez-vous, mon père.

Je fais ce qu'en ma place un bon Prince doit faire. Un fi rare fervice & fi fort important Veut l'honneur le plus rare, & le plus éclatant : Vous en aviez déjà fa parole pour gage, Je ne l'ay pas voulu différer davantage.

J'ay fçeu parfon rapport (& je n'en doutois pas) Comme de vos deux fils vous portez le trépas, Et que déjà voftre ame étant trop réfoluë, Ma confolation vous feroit fuperfluë :

Mais je viens de fçavoir quel étrange malheur D'un fils victorieux a fuivy la valeur, Et que fon trop d'amour pour la caufe publique Par fes mains à fon père ofte une fille unique. Ce coup eft un peu rude à l'esprit le plus fort, Et je doute comment vous portez cette mort.

Le vieil horace.

Sire, avec déplaifir, mais avec patience.

C'eft l'effet vertueux de voftre expérience. Beaucoup par un long âge ont appris comme vous Que le malheur fuccéde au bonheur le plus doux ; Peu fçavent comme vous s'appliquer ce remède, Et dans leur intéreft toute leur vertu cède. Si vous pouvez trouver dans ma compaffion Quelque foulagement pour voftre afflidion, Ainfi que voftre mal fçachez qu'elle eft extrême, Et que je vous en plains, autant que je vous aime.

Sire, puisque le Ciel entre les mains des Rois

Dépofe fa justice, & la force des loix,

Et que l'Etat demande aux Princes légitimes

Des prix pour les vertus, des peines pour les crimes,

Souffrez qu'un bon Sujet vous faffe fouvenir

Que vous plaignez beaucoup ce qu'il vous faut punir.

Souffrez...

Le vieil horace.

Quoy ? qu'on envoyé un vainqueur au fupplice?

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