‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 203 sur 254 · SEVERE, PAULINE, STRATOXICE, FABIAN · texte numérisé non relu

SEVERE, PAULINE, STRATOXICE, FABIAN

Ouy, je l'aime, Seigneur, & n'en fais point d'excufe, Que tout autre que moy vous flate, & vous abufe,

392 POLTEUCTE.

Pauline a l'ame noble, & parle à cœur ouvert.

Le bruit de voftre mort n'eft point ce qui vous perd.

Si le Ciel en mon chois euft mis mon Hyménée,

A vos feules vertus je me ferois donnée,

Et toute la rigueur de voftre premier fort

Contre voftre mérite euft fait un vain effort.

Je découvrois en vous d'affez illustres marques,

Pour vous préférer mefme aux plus heureux Monarques,

Mais puisque mon devoir m'impofoit d'autres loix,

De quelque Amant pour moy que mon père euft fait chois,

Quand à ce grand pouvoir que la valeur vous donne,

Vous auriez ajouté l'éclat d'une couronne,

Quand je vous aurois veu, quand je l'aurois haï,

J'en aurois foufpiré, mais j 'aurois obéï,

Et fur mes paffions ma raifon fouveraine

Euft blafmé mes foufpirs & diffipé ma haine.

Que vous êtes heureufe, & qu'un peu de foufpirs Fait un aifé remède à tous vos déplaifirs î Ainfi de vos defirs toujours Reine abfoluë, Les plus grands changemens vous trouvent réfoluë , De la plus forte ardeur vous portez vos esprits Jusqu'à l'indifférence, & peut-eftre au mépris, Et voftre fermeté fait fuccéder fans peine La faveur au dédain, & l'amour à la haine.

Qu'un peu de voftre humeur ou de voftre vertu Soulageroit les maux de ce cœur abatu 1 Un foufpir, une larme à regret épanduë M'auroit déjà guéry de vous avoir perdue,

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