SCENE IL
POLYEUCTE
Les Gardes Je retirent aux coins du Théâtre
Source délicieufe en miféres féconde, Que voulez-vous de moy, flateufes voluptez?
43° POLYEUCTE
Honteux attachemens de la chair & du Monde, Que ne me quittez-vous quand je vous ay quittez? Allez, honneurs, plaifirs, qui me livrez la guerre,
Toute voftre félicité,
Sujette à l'instabilité
En moins de rien tombe par terre,
Et comme elle a l'éclat du verre,
Elle en a la fragilité.
Ainfi n'espérez pas qu'après vous je foufpire, Vous étalez en vain vos charmes impuiffants, Vous me montrez en vain par tout ce vaste Empire Les ennemis de Dieu pompeux & floriffants; Il étale à fon tour des revers équitables
Par qui les Grands font confondus, Et les glaives qu'il tient pendus Sur les plus fortunez coupables, Sont d'autant plus inévitables, Que leurs coups font moins attendus.
Tigre altéré de fang, Décie impitoyable, Ce Dieu t'a trop long-temps abandonné les fiens, De ton heureux Destin voy la fuite effroyable, Le Scythe va venger la Perfe, & les Chrétiens. Encor un peu plus outre, & ton heure eft venue,
Rien ne t'en fçauroit garantir,
Et la foudre qui va partir,
Toute prefte à crever la nuë,
Ne peut plus eftre retenue
Par l'attente du repentir.