‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 80 sur 254 · CURIACE, CAMILLE, JULIE · texte numérisé non relu

CURIACE, CAMILLE, JULIE

CURIACE

N'en doutez point, Camille, ce revoyez un homme, Qui n'eft nv le vainqueur, ny l'efclave de Rome. Codez d'appréhender de voir rougir mes mains Du poids honteux des fers, ou du fang des Romains. J'.iy crû que vous aimiez affez Rome & la gloire, Pour méprifer ma chaifne, & haïr ma victoire, Et comme également en cette extrémité Je craignois la victoire, & la captivité...

CAMILLE

Curiace, il fuffit, je devine le reste.

Tu fuis une bataille à tes voeux fi funeste,

Et ton cœur tout à moy pour ne me perdre pas,

Defrobe à ton païs le fecours de ton bras.

Qu'un autre confidére icy ta Renommée,

Et te blafme, s'il veut, de m'avoir trop aimée;

Ce n'eft point à Camille à t'en mefestimer,

Plus ton amour paroit, plus elle doit t'aimer,

Et fi tu dois beaucoup aux lieux qui t'ont veu naiftre,

Plus tu quittes pour moy, plus tu le fais paroiftre.

Mais as-tu veu mon père, & peut-il endurer

Qu'ainfi dans fa maifon tu t'ofes retirer?

Ne préfére-t'il point l'Etat à fa famille?

Ne regarde-t'il point Rome plus que fa fille ?

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