‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 112 sur 420 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

Il nous le faut surprendre au milieu du festin,

Enivré des douceurs de l'amour et du vin.

Tout le peuple est pour nous. Tantôt, à son entrée,

J'ai remarqué l'horreur que le peuple a montrée

Lorsque avec tant de fast il a vu ses faisceaux 1155

Marcher arrogamment et braver nos drapeaux;

Au spectacle insolent de ce pompeux outrage,

Ses farouches regards étincelaient de rage :

Je voyais sa fureur à peine se dompter ;

Et, pour peu qu'on le pousse, il est prêt d'éclater. 1160

Mais surtout les Romains que commandait Septime,

Pressés de la terreur que sa mort leur imprime,

Ne cherchent qu'à venger par un coup généreux

Le mépris qu'en leur chef ce superbe a fait d'eux.

PTOLOMÉB.

Mais qui pourra de nous approcher sa personne, 1165

Si durant le festin sa garde l'environne?

PHOTIN

Les gens de Cornélie, entre qui vos Romains

1152. Plénum epulis, madidumque mer o. Veneriquc paratum Inverties (Lucain, X, 396-397).

1155. L'édition Régnier, qui ne se conforme point en tout à l'ancienne oitho-

fraphe, donne pourtant ici fast et non faste, et fait observer que cette seconde criture est postérieure, bien qu'on ait écrit faste dès le début du xvue siècle.

1156. Sed fremitu vulgi, fasces et signa querentis Inferri Romana suis, discordia saisit Pectora (Lucain, X. 11-13.)

1157. Pompeux garde ici quelque chose de son sens étymologique, pompa, «ô(jn:T| : c'est, en effet, le cortège de César triomphant dont l'arrogance indigne les Egyptiens. Au premier vers de Rodogune, Corneille dira : « ce jour pompeux », pour ce jour marqué par une cérémonie solennelle. Voyez la note du v. 664.

1160. Prêt de, prêt à, près de, ces trois tournures étaient employées à peu près indifféremment par Corneille et ses contemporains. Voyez les vers 88 et 1681.

1162. De a ici un sens analogue à celai de par . « En mille conjonctures, nous nous sentons intérieurement touchés, sollicités, pressés de Dieu. » (Bourdaloue, Exhortation sur ta prière de Jésus-Christ.) « votre bon cœur estpressé de reconnaissance et d'amitié pour moi. » (Mme de Maintenon, Lettre à Mm" de Glapion, 15 décembre 1718.)

1164. Ce superbe, cet orgueilleux; superbe est ici pris substantivement et aie sens de superbus en latin.

C'est moi que tyrannise un superbe de frère. (Andromède. 1031.)

1167. Gens, au xvn° siècle, n'avait pas seulement le sens de domestiques, mais celui d'escorte, en général, et parfois de parti. Ainsi Auguste dit à Cinna :

La moitié de tes gens doit occuper la porte. (Cinna, 1485.*

On a tu ce mot employé dans un sens analogue, au t. 804.

Ont déjà reconnu des frères, des germains, Dont l'âpre déplaisir leur a laissé paraître Une soif d'immoler leur tyran à leur maître : 1170

Ils ont donné parole, et peuvent, mieux que nous, Dans les flancs de César porter les premiers coups. Son faux art de clémence, ou plutôt sa folie, Qui pense gagner Rome en flattant Gornélie, Leur donnera sans doute un assez libre accès 1175

Pour de ce grand dessein assurer le succès. Mais voici Gléopâtre : agissez avec feinte, Seigneur, et ne montrez que faiblesse et que crainte. Nous allons vous quitter, comme objets odieux Dont l'aspect importun offenserait ses yeux. 1180

PTOLOMÉE

Allez, je vous rejoins.

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