‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 134 sur 420 · CÉSAR, CLÉOPÀTRE, ANTOINE, LÉPIDE, ACHORÉE · texte numérisé non relu

CÉSAR, CLÉOPÀTRE, ANTOINE, LÉPIDE, ACHORÉE

CHARMION

CLÉOPÀTRE.

Plutôt qu'à ces périls je vous puisse exposer, 1755

Seigneur, perdez en moi ce qui peut les causer :

Sacrifiez ma vie au bonheur de la vôtre;

Le mien sera trop grand, et je n'en veux point d'autre,

1743. Bompu, entravé, annihilé. Rompre une chose, dans la langue de Corneille, c'est seuvent l'empêcher de s'accomplir. C'est ainsi qu'il dit : rompre une colère (Cid, 981), rompre un succès (Cinna, 1580), rompre des desseins (Polyeucte, 56 et 65), rompre une entreprise (Nicomède, 280).

1745. Les forces pour la force. Corneille aime ces pluriels des noms abstraits :

Je tâche avec respect à vous faire connaître

Les forces d'un amour que vous avez fait naître. (Rodogune, 1288.)

1746. Remarquez le changement de tournure : je sais quelle est ta flamme... et que ; on peut voir aux v. 867, 1193,1451 d'Horace des exemples de que dépendant d'un verbe qui a des compléments différents.

1750. Cornélie donne ici raison aux craintes que Cléopàtre a exprimées dans la scène ni de l'acte IV.

1753. Empêchant, pour en empêchant ; dans le théâtre de Corneille en est souvent supprimé ainsi devant le participe présent :

Hélas I ta m'as perdu, me voulant obliger. (Veuve, III, 1.)

Ce torrent grossissait, rencontrant cette digue. (Don Sanche, 11, 1.)

Tes caresses, les marques de ton amour, et, par extension, ton amour. Il ne faut pas oublier que l'objet de cet amour «st là, mais garde un silence assez piteux, dont elle ne sortira qu'après le départ de Cornélie. Visiblement, la veuve de Pompée écrase a l'amante » de César.

1756. Sur cette construction de les, voyez les v. 404 et 1544.

Indigne que je suis d'un César pour époux,

Que de vivre en votre âme, étant morte pour vous. 17G0

CÉSAR

Reine, ces vains projets sont le seul avantage

Qu'un grand cœur impuissant a du ciel en partage :

Comme il a peu de force, il a beaucoup de soins;

Et, s'il pouvait plus faire, il souhaiterait moins.

Les Dieux empêcheront l'effet de ces augures, 1765

Et mes félicités n'en seront pas moins pures,

Pourvu que votre amour gagne sur vos douleurs

Qu'en faveur de César vous tarissiez vos pleurs,

Et que votre bonté, sensible à ma prière,

Pour un fidèle amant oublie un mauvais frère. 1770

On aura pu vous dire avec quel déplaisir J'ai vu le désespoir qu'il a voulu choisir; Avec combien d'efforts j'ai voulu le défendre Des paniques terreurs qui l'avaient pu surprendre. Il s'est de mes bontés jusqu'au bout défendu, 1775

Et de peur de se perdre il s'est enfin perdu. 0 honte pour César, qu'avec tant de puissance,

1760. On sent trop que l'ambitieuse Cléopâtre n'est pas si résignée qu'elle le dit à ce sacrifice d'elle-même et de ses espérances. C'est un rôle qu'elle joue : autant elle est franche et virile quand elle est seule avec sa confidente, autant elle se l'ait humble et douce en face de César.

1762. Ces vers manquent tout au moins de netteté ; les vains projets dont parle César sont ceux dont Cornélie vient de le menacer, et Cornélie est ce « grand cœur impuissant » à qui le ciel laisse pour seul avantage, c'est-à-dire pour dernière consolation, le droit de concevoir de vaines espérances.

1763. Soins, on l'a vu aux v. 1145 et 1716, se dit chez Corneille de l'application, de l'ardeur, du zèle (studium) qu'on apporte à faire une chose. L'ardeur ne manque pas à Cornélie ; ce qui lui manque, c'est la force nécessaire pour exécuter ses desseins.

1766. Mes félicités pour ma félicité ; encore un de ces pluriels abstraits chers à Corneille; on verra, au v. 1788, ce mot employé au singulier. On le trouve au pluriel dans Polyeucte (v. 1324 et 1534.) Racine l'a aussi employé :

De quel comble de gloire et de félicités

Dans quel anime affreux vous me précipitez! (Mithridate, 11, 6.)

1767. Gagne sur vos douleurs, obtienne de votre douleur que...

J'avais gagné sur lui qu'il aimerait la vie. (Cinna, 1274.) Mais j ai gagné sur lui qu'il ne me verra plus. [Polyeucte, 608.)

1771. Sur le sens, alors très fort, de déplaisir, voyez les notes des t. 1174 et 1463.

1772. l.e désespoir, l'acte de désespoir, la fin désespérée.

1 774. Une terreur panique est une terreur imprévue et sans motif réel. Voyez, au v. 305 de CÀnna, les diverses explications de cette locution, cnumérées dans n itre note, et dont la plus vraisemblable est celle qui lait dériver le mot panique de Davixôfi nàv, le dieu Tan, qui troublait les esprits.

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