‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 141 sur 420 · HISTOIRE DE LA PIÈCE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA PIÈCE

C'est une comédie où, pour parler sans fard, PUilisto, ainsi que moi, doit avoir quelque part. Au sortir d'écolier, j'eus certaine aventure Qui me mit là dedans en fort bonne posture; On la joue au Marais sous le nom du Menteur.

Ainsi parle Dorante dans unpassage de la Suite du Menteur, supprimé dans les éditions postérieures. C'est donc au Marais que le Menteur fut représenté, soit pendant l'hiver de d 641- 1642, comme on le dit généralement, soit pendant celui de 1643-1044, si l'on adopte les dates proposées par M. Marty- Laveaux et fondées sur des raisons qui nous paraissent probantes. Ce qui est certain, c'est, — Corneille nous l'apprend lui-même, — que la Mort de Pompée et le Menteur sont « parties toutes deux de la même main dans le même hiver ». On eût nu malaisément imaginer une opposition plus complète entre d^ux pièces si voisines par la date.

0 ! moins, nous savons d'une façon précise quels acteurs firent 'a fortune éclatante de la comédie nouvelle. On verra, en tête de l'analyse de la Suite du Menteur, que nous donnons plus loin, un passage plus curieux encore où Corneille constate à la fois, non sans orgueil, et le succès du Menteur et la part qu'y a prise l'acteur Jodelet, qui jouait le rôle de Cliton. Julien Bedeau *, dit Jodelet, que Loret appelle dans sa Gazette

Cet homme arclii-plaisant, cet homme archi-folâtre,

et dont le nom, bientôt passé en proverbe, inspira plus d'un titre de pièce à Searron, lit la joie de ses contemporains, de 1610, époque de ses débuts, à 1660, époque de sa mort:

Notre Démocrite gaulois,

De la mort subissant les lois,

i. Rt non Geoffrin, comme on l'écrit communément. C'est M. Jal qui a recific cette erreur dans son Dictionnaire biographique et critique.

A payé tribut à Nature,

El voici pour sa sépulture:

Ici git qui de Jodelet

Joua cinquante ans le rolet,

Et qui fut de même farine

Que Gros-Guillaume et Jean Farine,

Hormis qu'il parlait mieux du nez

Que lesdits doux enfarinés l.

Ce ton de voix nasal était célèbre, et Corneille, dans la Suite du Menteur, y fera une allusion plaisante. Au reste, il parait que tous les traits du visage de Jodelet étaient si marqués et si comiques qu'il n'avait qu'à se montrer pour exciter les éclats de rire, augmentés encore par la surprise qu'il témoignait de voir rire les autres. Il nous est représenté dans les estampes avec une grande barbe, des moustaches noires, et le reste du visage couvert de farine. Nous devons croire qu'il ne fut pas médiocrement plaisant, puisqu'il dérida jusqu'au sombre Louis XIII, qui, par un coup d'autorité, le fit passer, dit-on, en 1G34, du Marais à l'Hôtel de Bourgogne. Mais celte date, donnée dans la plupart des biographies, ne doit pas être exacte, puisque nous savons, d'après le propre témoignage de Corneille, que le Menteur fut représenté au Marais, et que Jodelet y joua le rôle de Cliton, avec un plein succès.

Ce bouffon spirituel donnait la réplique sur la scène à l'élégant Bellerose (Pierre le Messier), qui parlait et marchait avec une souveraine bonne grâce, toujours sûr d'être applaudi, soit qu'il prêtât au rôle de Cinna ou de Dorante sa distinction un peu froide, soit qu'en sa qualité d'orateur de la troupe il vint débiter sur le devant du théâtre les petites harangues où il excellait. Scarron le trouvait pourtant affecté 2; comment s'en étonner? Auprès de Jodelet, de Gautier Garguille, de Gros- Guillaume, de Turlupin et des autres « enfarinés » qui faisaient souvent descendre la comédie au niveau de la charge grossière, Bellerose devait paraître bien collet-monté. Sa physionomie, d'ailleurs, avait quelque chose d'efféminé, qui ne démentait pas son nom de guerre un peu précieux. Si l'on en croit le cardinal de Retz, tel gentilhomme déplaisait à Mme de Monlbazon, parce qu'il avait l'air fade du comédien Bellerose. Celui-ci avait débuté vers 1629 et ne mourut qu'en 1670 ; mais on croit qu'il abandonna le théâtre l'année qui suivit celle

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